mercredi 26 septembre 2012

♫ Trempez-la dans l'huile, trempez-là dans l'eau, ça fera un escargot tout chaud ♫

Je viens de prendre conscience que c’est la rentrée. Faut dire aussi que je n’ai pas tellement pris conscience que c’était les vacances (même si je fais partie de cette clique de privilégiés qui se payent le luxe de partir, pas forcément loin de chez eux, mais au moins ailleurs et longtemps).


De façon classique ça a commencé dans un train, mademoiselle A sur mes genoux, côté couloir ; côté fenêtre une dame âgée accompagnée de son chien Furoncle. Aux alentours de longtemps avant d’arriver, mademoiselle A s’est mise à vomir sans préavis (la gerbe sans signe extérieur apparent de malaise est une des caractéristiques des enfants de son âge qui ne laisse pas de m’étonner). Impression soudaine que des litres de liquide malodorant se répandent en cascade dans le wagon. Mais c’est pas qu’une impression dis donc.  La maîtresse de Furoncle, que jusqu’alors je trouvais sympathique car elle ne se formalisait nullement que mademoiselle A, prise d’enthousiasme juvénile et de curiosité débordante pour son environnement, lui envoyât parfois de bons coups de pieds dans les cuisses, la maîtresse de Furoncle n’aurait pas dû dire Il ne faut pas trop nourrir les enfants avant un voyage, ça ne m’a pas aidé. Je veux dire dans ces cas-là, le mieux, à défaut de participer au nettoyage, c’est de fermer sa gueule.

Nous nous sommes finalement installées dans le sas, devant la porte des chiottes, mademoiselle A nouvellement équipée de linge frais et confortable (pas forcément coordonné parce que pioché à l’aveuglette dans la valise), l’estomac bien purgé  et toute joyeuse de voyager dans sa poussette, et moi, le pantalon raidi des fluides corporels parfumés de mon bébé d’amour qu’il est trop mignon tout plein mais putain de merde tu fais vraiment vraiment chier là, surtout que tu as poussé l’élégance, la putain de ta race maudite, jusqu’à m’en mettre entre les doigts de pieds qu’habillent une paire de sandales qui vaut une fortune, t’as intérêt à ce que ça se nettoie bien bordel.

Voilà, c’est à peu près là que la tentation de l’exfiltration m’a saisie.
Et c’était que le début.

Le soir mademoiselle A fut mise à la diète, selon le principe du Dans le doute, abstiens-toi (plus un peu de vengeance personnelle, évidemment, tiens ça te fera les pieds, les miens c’est déjà fait merci), ce qu’elle me fit payer, tu t’en doutes, en passant le restant des vacances, à savoir la totalité donc si tu suis, à se précipiter sur le moindre élément d’apparence comestible en geignant de façon fort convaincante et convaincue À man-yer…à man-yer…avec ce petit accent roumain qui n’aurait pas dénoté dans une rame de métro. Et là, dans le même esprit que pour  la maîtresse de Furoncle, je ne saurais trop de te conseiller d’éviter les réflexions du type Eh ben alors ! tu ne la nourris pas cette enfant ! (rires) ou encore Il vaut mieux ça que le contraire, qui certes n’ont rien d’agressif ou de dérangeant en soi mais qui, comment dire, lassent oui c’est ça lassent mortellement à force, un peu comme le leitmotiv affamé de la chair de ma chair (mange ta main et garde l’autre pour demain, disait mon grand-père ce grand sage). Par exemple après une nuit entière de séparation au cours de laquelle elle n’avait pas vu sa chère mère (alias sa raison de vivre, son centre du monde), Mademoiselle A ne disait pas Bonjour maman chérie mais bien plutôt À man-yer…à man-yer…C’était sa première contribution vocale le matin.

Alors le matin, tiens, parlons-en. À Paris, en période d’activité normale, mademoiselle A s’éveille comme une fleur autour de 7h. Là elle s’était programmée pour réclamer sa pitance (pour mémoire : À man-yer…à man-yer…) autour de 6h, histoire de profiter à fond des vacances. Et c’est vrai que dans cette petite commune du sud-est de la France, y avait des tonnes de trucs à faire à l’heure où même les insomniaques dorment. Mais au moins vous profitez de la fraîcheur. Ben oui, sacrée consolation dis donc. Mademoiselle A est à l’âge où elle ne peut pas encore vraiment s’occuper seule (non parce qu’à un moment ça advient quand même ? rassure-moi) et où, surtout, on ne peut pas la laisser sans surveillance. Vigilance est le maître mot. Attentifs ensemble, avec toi dans le rôle du méchant flic (pas les mains dans la poubelle, pas les chaussures sur le lit, pas les doigts dans la prise, pas d’acrobaties sur le balcon…) et elle dans le rôle du sauvageon (ah ouais ok, puisque c’est comme ça, je vide toutes les étagères de la bibliothèque, je claque les portes des placards jusqu’à ce que mort s’ensuive, je bois l’eau de mon bain y compris quand j’ai pissé dedans). Tu as l’impression d’être Big Brother, mais d’où t’es son frère ? d’où ? toi t’es sa mère on t’a dit. Les joies du dressage. Ou comment tu dis déjà ? Ouais, de l’éducation.

Oh bien sûr il y a ces moments magnifiques d’émotions partagées, d’amour et de communion, bien sûr, je ne peux pas le nier, juste je cherche un exemple. Ah ben tiens, par exemple à midi, quand tout le monde a faim et qu’on chante en chœur À man-yer…à man-yer...Quelle expérience inoubliable ! Se lever tôt, très tôt. Avoir envie de tuer tout le monde ou de mourir (selon que tu te sens pas trop bien ou très mal), ou au moins de disparaître dans une dimension parallèle où il n’y aurait pas d’enfants, pas de famille, pas d’êtres humains, un monde civilisé quoi merde. Se dire que c’est les vacances et qu’on est bien plus fatigué que quand on bosse.

Autant te dire que je suis hyper contente que ce soit la rentrée. 

mercredi 19 septembre 2012

♫ Des eaux troubles soudain troublent mes sens ♫

Dans la série Vie parallèle des hommes illustres, vous trouverez ci-dessous le compte-rendu, partiellement rédigé à chaud, des deux soirées annoncées dans l’article précédent.

Soirée avec l'homme-au-nyme

L’homme-au-nyme arrive vers 21h. Je l’attends en écoutant de la musique sur le canapé. Il dépose un léger baiser sur ma bouche, exactement comme quand nous nous voyions tous les jours. Je ne lui en veux pas pour son coup de colère un peu ingrat, je ne l’aime pas assez pour être touchée par nos différends. Nous reprenons donc les choses où nous les avons laissées. Nous échangeons les dernières nouvelles, qui tournent beaucoup autour des enfants, y compris celui que - grâce soit rendue à la médecine - nous n’avons pas eu ensemble. Tu es belle, tu sens bon, elle te va bien cette robe, dit-il. Nous fumons (et c’est érotisant). Nous baisons (beaucoup et bien, malgré l’IVG en cours, car même la sodomie, avec lui, est réussie). Il ne dort pas à la maison. Il occupera mon appartement pendant que je serai en vacances. Nous ne nous verrons pas pendant un mois.

Soirée avec E.

Je suis encore dans ces états cotonneux, proches des cieux (et notamment le septième) que tu vois du hublot, blancs et neigeux, enveloppants et moelleux. Je m'y vautre mentalement. S. est arrivé le premier, baguette et saucisson hallal sous un bras, punch maison sous l'autre (n'en déduis rien, S. est juif). E. fait une arrivée plus tardive, avec son vélo que nous montons dans l'appartement car il a oublié l'antivol. Nous croisons au bas de l'escalier de service les dealers qui tiennent les murs et qui connaissent bien l'homme-au-nyme (je ne doute pas un instant que celui-ci sera dûment informé par Radio Trottoir des visites que je reçois). J'ai sorti l'ordinateur dans le jardin pour l'ambiance musicale, il fait doux. Quand la voisine, vers minuit, nous demande de baisser un peu la voix, nous rentrons dans le salon, S. dans le rocking-chair, E. et moi sur le canapé. S. feuillette un livre sur l'orgasme féminin, je lis à E. quelques lignes de Pénélope au bain pour lui montrer que les lectures pour la jeunesse sonnent parfois très érotique, avec du chocolat fondu et de la mousse. La petite coquine est toute contente, lui sussurè-je (non !!??! s’exclame-t-il). E. prend en main la souris pour le traditionnel blind-test, S. fait des aller-retour entre lui et moi, qui finalement m'allonge sur le lit. 5h du matin, je me félicite d'avoir laissé entendre à mon chef que je risquais d'être absente le lendemain. E. vient s'étendre près de moi, il examine mes livres de chevet, je me serre un peu contre lui. Rideau de courte durée durant lequel S. s'éclipse.

(SMS du Jeudi 2 août 11h11 Tuilage parfait, je suis parti sur la pointe des pieds (vous dormiez), bonnes vacances pleines de chouilles improvisées, bises)

J'entends claquer la porte, je me lève pour fermer les volets, brosser mes dents et ôter mon pantalon. E. pose sa main sur moi.

E. : C'est ta cuisse ?
Ada : Oui mais dis-moi, tu m'inquiètes, tu hésitais avec quoi d'autre ?
E. : C'est juste que je la trouve très tonique.

Contrairement aux fois précédentes, nous avons pris le temps de dormir un peu (une heure à tout casser, mais tout de même) et nous sommes pleinement conscients de nos actes. La séance de caresses est très longue (d'autant que l'IVG en cours interdit l'option pénétration) (y compris sodomie, toi je sais pas, mais moi comme ça de but en blanc...) (et avec l'homme-au-nyme alors ? tu me diras) (et je te répondrai Ouais ben c'est pas pareil d'abord) (conclusion : toujours zéro pénétration avec E.), il n'oublie aucun centimètre carré de ma peau et pour la première fois nous nous embrassons. Il éjacule sur mes fesses. Nous prenons un petit déjeuner dans le jardin avant de nous souhaiter de bonnes vacances. Nous ne nous verrons pas pendant un mois.

mardi 31 juillet 2012

♫ I wanna love and treat, love and treat you right ♫

(Ouais ben mon chef est en congés et quand mon chef est en congés, c'est moi le chef)(et faire le boulot du chef en plus du mien, c'est très fatigant)(mais je suis quand même là pour le bilan d'étape, tu pourras pas dire que je suis pas sympa)

L'homme-au-nyme fait ramadan. Le reste de l'année il ne pratique que très peu, une prière le vendredi quand il y pense, quand il a le temps. Il fume, il boit, et cætera. C'est la première fois que j'ai une relation avec un homme croyant. Je pense que c'est un obstacle à une entente de longue durée dans la mesure où je crois au contraire qu'il n'y a pas de dieu. Je pense aussi que je ne pourrais pas former un couple avec une personne qui vote à droite ou qui est en faveur de la peine de mort (mais en fait je sais pas hein). L'homme-au-nyme se rachète pendant ramadan. Alors bien sûr parfois il me fait l'amour jusqu'à 5h du mat passées et c'est foutu pour la journée qui suit (très élégamment, à ceux de mes amis qui lui demandent pourquoi il ne jeûne pas, il répond Pour des raisons personnelles). L'homme-au-nyme va à la mosquée pour la prière de 14h et pour celle de 18h30. Ensuite il vient passer un moment avec moi et mademoiselle A. Il m'embrasse sur le front et ressort pour couper le jeûne, assister à la dernière prière et éventuellement veiller toute la nuit à base de lectures du Coran, méditation et bonne bouffe.

Fort bien. Sauf que je l'héberge. Et se faire réveiller toutes les nuits vers 5h, quand il te reste peu de temps de sommeil et que donc, forcément, tu te rendors pas, ça finit par te taper sur le système. Par ailleurs au bout de deux mois de dépannage, je souhaite aborder avec lui le sujet de ses projets pour la rentrée car je n'ai pas l'intention de l'héberger indéfiniment. Aussi je profite d'une veillée particulièrement tardive pour remettre les pendules à l'heure :
1) à partir d'une certaine heure, pour ne pas perturber mon sommeil, il ne rentre pas chez moi, il se débrouille
2) pendant mes vacances en août je ne vois aucun inconvénient à ce qu'il occupe mon appartement, mais à mon retour en septembre je souhaite qu'il ait trouvé une autre solution.

Il accueille le point 1 avec compréhension, il reste coi sur le point deux et je sens qu'il accuse le coup d'un dur retour au réel : même si nous nous entendons bien, même si nous nous aimons bien, cette situation ne peut durer qu'un temps, je n'ai pas envie de vivre avec lui (je ne sais même pas si j'ai envie d'une véritable histoire avec lui et, par dessus tout, j'ai envie de recevoir qui je veux chez moi, notamment des hommes).

Le lendemain il annonce qu'il va veiller et qu'il rentrera vers 7h du mat, heure à laquelle habituellement je me réveille et passe sous la douche.
Fort bien. Sauf qu'il arrive à 6h14...

Alors le soir ça clashe. Une fois de plus je lui signale qu'il ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. Il vit chez moi, ce n'est pas à moi de m'adapter à son rythme. Explosion de colère : puisque c'est comme ça, je me casse ! Je trouve ça puéril et ridicule mais je ne le retiens pas, j'aurais préféré que le départ se fasse plus en douceur, mais l'objectif est atteint quoi qu'il en soit. Il met très longtemps à emballer des affaires qui le sont déjà. Je le lui fais remarquer, lui rappelle que j'étais prête à l'héberger jusqu'à la rentrée. Ton appart tu peux te le metttre au cul ! Je reste avec mademoiselle A dans sa chambre, porte fermée, pour la protéger de cette violence verbale. Mais il faut que je fasse accélérer le mouvement pour qu'enfin il soit sur le palier. Je claque la porte, je l'entends crier à plusieurs reprises dans le couloir Je comprends pourquoi le père de ta fille t'a quittée ! 

Je prends mademoiselle A dans mes bras, je lui dit On s'est disputé, elle penche sa tête contre la mienne en signe de compassion-réconciliation. Quand elle est au lit quelques minutes plus tard, je fume un gros spliff qui ne me fait ni chaud ni froid. Nous avons vécu une histoire en accéléré, fusion, lassitude progressive, vie décalée mais attachement réciproque, séparation de vieux couple. Je me dis qu'il va me manquer sexuellement putain.

Deux jours après, à savoir dimanche, le réveil sonne à 7h40.
À 7h52 j'avale les deux cachets.
Les premiers saignements arrivent à 12h02.
IVG médicamenteuse à domicile et en solo.

Le soir l'homme-au-nyme appelle pour prendre des nouvelles, les choses se passent comme indiquées par le gynéco, nous nous parlons avec douceur, nous devons nous voir ce soir.


Avec E. et S. nous sommes allés boire des coups le 14 juillet. Mais à 2h du mat chacun est rentré chez soi (et ce jour-là, j'étais bien contente de retrouver l'homme-au-nyme s'apprêtant à mater un film sur mon ordi (tu te doutes que je l'ai fait changer de programme)).

Mercredi dernier E. propose un pique-nique et un cinéma en plein air mais je préfère voir enfin, après tellement de rendez-vous reportés pour cause de logistique compliquée (on ne peut aller ni chez lui, ni chez moi), le charmant charmeur chilien exceptionnellement disponible à domicile.

E. tente pourtant de m'amadouer.

Mercredi 25 juillet
17h16 J'ai 4 tranches de rôti, 3 litres de smoothie, 12 canettes et 2 kg de prunes !!
20h51 J'attaque le rôti
20h54 Moi je suis au champagne...(le charmant charmeur chilien sait recevoir) mais j'avoue que je suis assez tentée par les prunes (je n'exclue pas à ce moment-là de les rejoindre à la Villette)
21h07 Allumeuse (il n'a pas tort car finalement je déclare forfait)

Jeudi 26 juillet
17h01 Hier soir je me suis dit "Les prunes comptent pas pour les brunes"
20h51 C'est sûr que les prunes c'est pas le dessert que sert l'abominable homme des neiges, mais ne crois pas que j'y sois indifférente, loin de là (saisit-il mes messages à double sens ?)

Demain soir, E. et S. viennent prendre l'apéro dans mon jardin.

lundi 25 juin 2012

♫ Ma femme s'est fait mettre un but par l'arrière-droit du Racing, j'aurais préféré le PUC, faut que j'en cause à Justine ♫

Dans un bar de Belleville, tandis qu'un groupe de Chinois se crêpe les nattes et qu'une sourde-muette communique en langue des signes et en visioconférence, on est tranquille, à quatre, à enchaîner les tournées. Comme dans la cour de récré, je suis passée par S. pour atteindre E., j'avais dans l'idée d'aller boire des coups, S. m'a expliqué le programme, j'ai accepté. Plus tard E. a passé une tête dans mon bureau : Alors , tu viens au foot ce soir ? Les deux écrans se font face, très ergonomique et convivial, nul besoin de se retourner pour suivre le match. Bien sûr je me fais charrier, à base de Tu sais qui joue ? Tu sais qui c'est le mec au milieu qui n'a pas le même maillot que les autres ? Tu veux qu'on parle tout de suite du hors jeu ? Chaque fois qu'un joueur frappe pour marquer, E. dit Boum !

Dans le salon, tandis que mademoiselle A émet ses derniers gazouillis avant endormissement (Tu do' ! Tu do' ! dit-elle à son bébé antillais) et que la pizza est au four, on est tranquille, tous les deux, sur mon canapé. L’homme-au-nyme fait tourner le bédo et m'explique la règle du hors jeu, que je crois comprendre sur le moment, mais vu ce qu'il m'en reste aujourd'hui : sinon c'est trop facile de marquer, je ne suis pas sûre d'avoir bien bien mémorisé. C'est le problème avec la fumette, tout devient passionnant et puis pschtt. Quand on était petit avec mon frère, on se blessait souvent au foot, et ma mère elle nous voyait, tout cassés, vautrés sur le canapé, elle disait Mais quand je vois le foot à la télé, ils ont une bombe pour les soigner, ils tombent, un coup de bombe, et ils se relèvent pour courir. Ramenez-moi une bombe de foot, elle disait ma mère. Chaque fois qu'un joueur frappe pour marquer, l'homme-au-nyme dit Bim !

Au petit déjeuner E. prend du thé dans le mug offert par notre employeur commun. Au vu de la météo, il annule le match de tennis programmé l'après-midi. Une balle jaune traîne dans son salon.

Au petit déjeuner l'homme-au-nyme prend du thé dans le mug offert par mon employeur. Au vu de la météo, il ne se risquera pas à l'extérieur, il enchaîne les mouvements (je comprends mieux ses muscles si bien dessinés) dont 3 séries de 15 pompes dans mon salon.

C'est mercredi soir, mademoiselle A est chez son père comme tous les mercredis et samedis soir désormais, je suis chez E., avec S., dans la cuisine. Nous grignotons un peu, nous buvons beaucoup. Soudain il est 2h, S. s'en va. J'ai ôté mes sandales depuis longtemps. Nous nous allongeons, nous nous caressons, nous nous endormons.

Parenthèse sexe.

L'homme-au-nyme
Pénétration vaginale : au moins une fois par jour, en moyenne deux (je l'héberge et nous nous voyons donc quotidiennement).
Sodomie : deux (en tout).
Cunnilingus : à peu près autant que de pénétration vaginale.
Fellation : deux (en tout).

E.
Cunnilingus : un (chez moi)
69 : un (chez lui).
Et basta, pas de pénétration au sens fort du terme. Je m'interroge...Alors bon c'est vrai que nous étions, les deux fois où nous nous somme trouvés en position d'agir, dans des états très alcoolisés, que je n'étais pas forcément hyper accueillante, voire un peu déshydratée, mais tout de même, je m'interroge...Tu t'interrogerais pas, toi ?

Reprenons.

Quelques heures après je suis réveillée par les caresses de E., c'est doux. Puis il se lève, il range, il lave, je comate. Il revient s'étendre près de moi, on parle, on rit. Mais je suis malade, moi qui d'ordinaire encaisse les cuites sans problème, j'ai la tête qui tourne, la nausée...je n'ai rien pu vomir dans son lavabo, son pain m'a fait du bien, il est midi. Il m'accompagne à l'arrêt, il attend que le bus arrive, nous nous faisons la bise. Lunettes noires, tête calée contre la vitre, je téléphone à l'homme-au-nyme, je ne suis pas sûre de supporter le trajet, j'ai peur de vomir dans le bus. Rappelle-moi si ça ne va pas, je viendrai te chercher en scooter, sinon on se retrouve chez toi , je suis dans ton quartier. Après avoir fait une razzia de Coca au supermarché du coin, l'homme-au-nyme me rejoint chez moi, nous passons directement au lit, et c'est pendant la sieste post-coïtale que je reçois le SMS de E.

Jeudi 21 juin
14h29 Bus 60, conduite souple ?
14h38 Failli m'endormir sur l'épaule d'une mamie. Bus 60, conduite exemplaire.

lundi 18 juin 2012

Fragments de discours pas spécialement amoureux

E. ou le caustique ironique (nique-nique, tu parles, que dalle oui)

Alors tu as bridgé un peu avec tous ces ponts ? Ah non c'était pas des vacances moi, j'ai fait de la peinture, j'ai décollé du papier peint, j'ai mal partout en fait. Alors toi t'envoies des SMS en pleine réunion...comment ça tu dois partir à 17h ? Quelles obligations ? Tu dois prendre ton goûter ?

Un happening où ils plantent des sondes dans du fumier, c'est une coloscopie non ?

Alors Machine demande sa mut' ? Ils la poussent un peu vers la sortie ? oh la pauvre...Remarque une fois elle m'avait donné les clés de la salle de réunion. Et sinon elle remets des chips dans les assiettes quand y a des pots. Ah si quand même hein.

Non mais les musées c'est jamais à taille humaine. Moi au bout de quatre heures tu me retrouves endormi sur une banquette. Ah les musées ça peut me faire du mal tu sais.

Ah j'ai été très déçu par cette réunion, ils avaient pas l'air en forme tous les deux, elle elle a changé de coiffure, ça va pas, je l'ai trouvé vraiment fatiguée et lui il avait les cheveux longs là, avec des plis dans le cou, alors que l'année dernière il avait ouvert avec une brosse courte, c'était quand même autre chose

Eh oui mais avec la courgette on est souvent déçu. Sous des dehors avenants la courgette est fourbe en fait.


L'homme-au-nyme ou le conteur bateleur (et de le connaître j'ai l'heur)

Ce matin je suis allé aux impôts, y avait plein de monde, normal c'est le dernier jour. Je me suis mis dans la queue mais au bout de cinq minutes ça m'a énervé, j'en avais marre tu vois. Alors je suis allé voir le mec je lui ai dit Moi je viens pas pour faire un dossier ou pour discuter avec quelqu'un, je viens juste pour déposer ça. Alors le mec a dit Ah mais oui donnez-le moi, je le mettrai dans la boîte aux lettres là. Et puis il a dit tout fort Qui vient juste pour déposer ça ? Et moi j'avais fini, j'étais en train de partir mais j'ai vu plein de gens sortir de la queue et se diriger vers lui. J'ai débloqué plein de monde en fait.

Tu sais ma mère elle faisait des ménages pour une grande entreprise et je l'avais remplacée pendant deux mois parce qu'elle était partie au pays. Eh ben ils m'ont demandé un acte de naissance et le bulletin n°2 de mon casier judiciaire. Pour faire des ménages ! c'est un truc de ouf. Et tu vois je bossais tôt le matin, à 6h, mais j'avais fini vachement avant la fin, alors j'ouvrais la grande baie vitrée et je fumais mon joint en matant leurs cassettes et leurs films. Et après des fois je voyais des pubs à la télé, j'disais Eh mais je l'ai déjà vue cette pub au boulot ! trop fort. Et y avait un gars sur son bureau il avait deux cendriers trop beaux, en pierre sculptée là, je les kiffais trop ces cendriers. Et j'ai fini par lui voler bien sûr et tu vois je les ai encore ces cendriers. Quand on s'est séparé avec la mère de mes enfants, je lui ai tout laissé, Tu peux tout garder, j'ai dit, je te laisse l'appart, tout, même mes CD, garde-les pour les filles ; Mais elles s'en foutent de tes CD, les filles elle m'a dit ; Si si, garde, y a une bonne culture musicale là, tu peux tout garder j'ai dit tout sauf les cendriers, ça je les prends. Et depuis chaque fois que je bouge d'endroit, je prends mes cendriers, ils me quittent jamais.

Moi j'ai frôlé la prison deux fois dans ma vie. La première fois, eux ils appellent ça agression, mais pour moi c'est plutôt que je me suis défendu t'vois c'que j'veux dire ? Cétait une fille qui me parlait et qui me poussait comme ça, une meuf qu'avait pas peur des mecs quoi, mais moi je répondais pas, je voulais pas me taper avec une meuf tu vois. Et puis son frère s'est approché alors là je lui ai dit Toi par contre tu me touches pas, et il a voulu se la jouer devant sa soeur, mais il me faisait pas peur, il était vachement moins impressionnant qu'elle. Eh ben en fait il s'est pas passé grand chose, je lui ai mis un coup de boule, il a eu le nez fracturé et après ils ont porté plainte et j'ai été jugé pour ça.

La deuxième fois c'était pour une carte American Express, j'ai dit comme ça à mon pote On a trouvé la poule aux oeufs d'or là parce que tu vois avec une carte American Express y a besoin que d'une signature, et la signature elle était trop facile à imiter. On était dans sa voiture et je lui ai dit comme ça Tu sais ce qu'on va faire mon pote ? On va se rouler chacun un gros joint, on va mettre de l'essence dans la voiture, on va s'acheter de la sape et on va se casser en Belgique, parce qu'à l'époque on bougeait souvent comme ça sur un coup de tête, juste pour aller en boîte des fois. Alors on démarre et à ce moment y a une caisse qui se met juste devant. Mais recule ! on lui dit Tu vois pas qu'on bouge, il est con lui ! Mais ça bougeait pas et plein phare en plus. Et y a deux mecs qui descendent comme ça et qui viennent vers nous. Alors je dis à mon pote Bon F. c'est la merde, va encore falloir se taper là. On sort, genre Y a quoi là  et là un des mecs sort sa carte : Police. Et moi tu vois j'te jure juste avant dans la voiture je pensais à mettre la carte dans ma chaussure mais j'ai pas eu le temps. Et le flic a regardé mes papiers, il a regardé la carte, il l'a retournée, comme ça il a fait comme ça, et puis il a vu qu'elle était pas à mon nom. Mais moi je l'avais trouvée cette carte ! c'est ce que je lui ai dit, à Porte de Bagnolet, en sortant du bus, y avait plein de gens, je me suis même pas caché, je l'ai ramassé comme ça tu vois. Alors il m'a dit Viens on va en discuter dans la voiture, je te mets même pas les menottes tu vois, viens t'asseoir. Et puis je suis parti en garde en vue, 4 heures, puis 8 heures. Heureusement la procureur elle a voulu me voir tout de suite. Et en fait la carte elle appartenanit à un mec qui s'était fait tirer sa caisse, alors ils ont voulu me mettre ça sur le dos, le casse de la caisse, mais ils ont pas pu parce que je l'avais pas la voiture moi ! Et ils m'ont mis 8 ou 9 mois de sursis pour ça.

Et tu vois quand j'était plus jeune j'avais un traumatisme par rapport aux éboueurs. Parce que j'avais remarqué que c'était pas trop des blancs blancs qui faisaient ça. En plus c'était pas comme maintenant, les poubelles c'était des grosses bennes en fer, je sais pas si tu te souviens, des trucs hyper lourds, fallait les soulever à la force du poignet et les renverser après, alors en une matinée ça faisait des tonnes à soulever. Tandis que maintenant c'est des trucs en plastique tout léger, tu les poses, t'appuies sur un bouton et hop ! ça se renverse tout seul, c'est pas dur comme avant, c'est pour ça maintenant y a plein de gens qui veulent faire ça, ils appellent ça rippeur maintenant t'as vu, c'est comme technicienne de surface. Et mon père il me disait Tu veux pas travailler à l'école ? Très bien. Mais regarde les gens qui viennent enlever les poubelles, même le dimanche ils travaillent, ils peuvent pas faire la grasse matinée, ils sont obligés de faire ce travail pour nourrir leur famille et ils ont pas le choix parce qu'ils peuvent rien faire d'autre, rien du tout. Mon père des fois il arrivait, il nous disait Bon vous avez quinze jours pour refaire le salon, ou la cuisine, ou même sa chambre des fois, il nous donnait de l'argent pour qu'on achète le matériel et après on travaillait comme on voulait mais il fallait que ce soit fini dans le temps qu'il avait dit. Et si on le faisait pas alors là il s'énervait vraiment, et il parle très bien français mon père, on pouvait pas lui faire à l'envers. C'est pour ça je sais poser de la moquette maintenant. Et ma mère elle disait Bon c'est pas parce que vous avez des soeurs qu'elles vont travailler pour vous hein les garçons, alors toi tu vas faire la vaisselle, toi tu vas faire le repassage...Et tu vois je lui ai dit récemment à ma mère, que je regrette pas, que c'est bien, parce que maintenant je sais m'occuper de ma maison.

Viens te reposer chou, ça se voit que t'es fatiguée, t'es quelqu'un d'enjoué et de souriant toi, t'es deuspi d'habitude, j'aime bien. Tu sais j'aimerais bien venir te faire l'amour dans les recoins de ton lieu de travail. Tu me fais des frissons partout, viens par là (...). Bonne nuit ma chérie.

Je t'ai pas encore fait un bisou ce matin toi, je voudrais te serrer dans mes bras. Tu passes une bonne journée, tu te portes bien, à tout à l'heure.