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mercredi 25 janvier 2012

Merci Philippe Jaenada

Bon maintenant soyons sérieux deux minutes. Je voudrais remercier Philippe Jaenada. Pour tous ses bons livres que je viens de relire.

J'ai rencontré l'oeuvre de Jaenada par potes de potes et depuis j'en conseille la lecture dès que possible. Et je le prouve : si tu ne connais pas, je t'en conseille la lecture. Déjà parce que c'est drôle. Et faire rire, tu vois, c'est un peu mon idéal dans la vie. Volontairement je veux dire (et pas seulement dire, surtout écrire) (enfin je veux dire faire rire en écrivant) (Philippe Jaenada utilise beaucoup les parenthèses et ça aussi c'est un peu mon idéal dans la vie). Justement comme j'étais un peu entre parenthèses de tout, une vie de couple anéantie, des projections dans le futur sombres et pessimistes, la loose intégrale, j'ai pris l'excellente initiative de relire Jaenada.

Plusieurs avantages à cela : tout l'oeuvre sous la main, dans ma bibliothèque personnelle, nul besoin de fréquenter la municipale.
(ok ça ne fait qu'un seul et même avantage. Mais même)

Sache que j'ai un penchant naturel à la non-relecture, je l'ai presque érigée en principe pour la bonne raison que vu tout ce qu'il y a à lire, si on commence à recommencer, on s'en sortira jamais. Bien entendu, il existe des exceptions à cette règle : Proust, Perec, Brautigan. Nouvelle exception : Jaenada. Tu auras de toi-même relevé le point commun : eh oui, ils font rire. Mais là où Jaenada les surpasse tous allègrement (je pèse mes mots) c'est que lui te fait beaucoup beaucoup rire. Pas le petit rire intelligent, cérébral et intérieur, genre j'ai le regard qui pétille. Non non, le bon gros rire sonore et durable (et tu auras constaté par toi-même que ça relève de l'exploit. Si. T'en connais combien des écrivains qui te font éclater de rire ? (volontairement (Philippe Jaenada est adepte de la parenthèse dans la parenthèse) (d'ailleurs je me suis toujours demandé comment  fermer les parenthèses dans les parenthèses ? une seule suffit-elle à clore l'ensemble ou faut-il autant de parenthèses fermées qu'il y en a d'ouvertes, au rique d'alourdir un peu ?) parce qu'évidemment sinon c'est pas drôle))

Philippe Jaenada dit quelque part dans Vie et mort de la jeune fille blonde quelque chose comme "Je n'étais pas assez compact pour lire un texte". Moi qui étais en lambeaux, question compactitude c'était pas trop ça hein, tu imagines. J'étais dans un tel état qu'avec d'autres que Jaenada n'importe quel mot ne me ramenait qu'à moi-même, à ma vie qu'elle était moche et que je l'aimais pas. Eh bien pourtant je parvenais à lire ses textes à lui. Et à en rire.

Alors on peut dire Oui mais c'est pas de la grande littérature ça, c'est du divertissement, ça fait passer le temps gentiment. Bien sûr, on peut le dire, liberté d'expression et tout. Mais crois-moi qu'on n'aura rien compris. Philippe Jaenada peut déclencher chez toi un rire incontrôlable dans une rame de métro, au point que les gens se retournent et t'envient (oui). Il peut te faire oublier, le temps précieux d'un livre, que tu es malheureux. Il peut te remplir de joie (il peut te sauver la vie quoi).

Bien sûr parfois je me mords encore les lèvres sur la ligne 38 pour ne pas éclater en sanglots. Mais quand même, merci Philippe Jaenada.

lundi 21 décembre 2009

"Solution : produit liquide contenant une ou plusieurs substances dissoutes"

Je rends à Pascal Fioretto ce qui lui appartient :
- Christian Pignol, Les Engoulevents de la Grange-aux-Loups
- Katherine Plancol, La valse jaune des tortues-crocodiles
- Zig Larsen, Milliardium tome 4
- Patrick Modiamo, L'hôtel obscur des amnésies perdues
- Muriel Burbery, L'élégance du maigrichon
- Eric-Emmanuel Shmit, Louison Touletemp et le sumo rose
- Philippe Solers, Le divin moi doute
- Guillaume Muzo, Où seras-tu si je reviendrais sans toi ?
- Philippe Delerme, On aurait dû fermer les volets

dimanche 29 novembre 2009

"Perroquet : apéritif fait d'un mélange de pastis et de sirop de menthe"

Entre les cours dont je suis dispensée (eh ouais tu crois quoi, j'ai trop cartonné aux tests d'évaluation) et les cours que je sèche, j'ai pas mal de temps libre que je n'occupe pas seulement à tester les bars et la gastronomie locale. J'ai vu un bon paquet de films au cinéma et j'ai lu un bon paquet de bouquins. Dont un de pastiches fort réussis de neuf auteurs de best-sellers. Je t'en livre un extrait de chaque, sauras-tu les reconnaître ?

Ce 24 juillet, jour de la Saint-Tillinac, la foire aux pagnotons battait son plein dans la rue principale de Courtonac. Les hommes s'étaient lavés en l'honneur du saint patron du bourg et tous portaient un calot d'été à orfroi en plus du traditionnel tablier de beauseigne en gros lin bleu. Les femmes, toutes de paille tressée vêtues, avaient ordonné leurs cheveux en fiers chignons et riaient de bon coeur.

Un jeune homme robuste, aux cheveux noirs bouclés comme les seigles et au sourire franc comme une fontaine, tirait derrière lui un âne bâté. Tout en se frayant un passage entre les étals de marchandise, l'inconnu contemplait avec gourmandise les pains de froment luisant au grand soleil. Cela faisait plusieurs jours qu'il n'avait rien mangé et la tête lui tournait un peu.

Elle raya la ligne "fringues" sur le PostIt qu'elle avait collé dans un coin de sa mémoire et passa aux autres points stabilotés de sa job list. Régler chauffe-eau, lire horoscope, réclamer pension à l'autre con, décongeler saumon, drainer cuisses, changer photo Meetic, épiler maillot, réserver Megève, parfumer rideaux, composer bouquet, étirer lombaires, infuser thé vert...sans oublier de consacrer un quality moment aux enfants. Endless, la job list. Hopeless, sa life. L'existence lui sembla soudain si cruelle que ses yeux se gonflèrent de larmes qu'elle écrasa du coin de la langue. Ne pas craquer. Les enfants ne comprendraient pas. Allons, ma vieille, tu es une battante dans la tourmente, c'est tout.

C'est tout, mais c'est tellement beaucoup...

Le document tenait en quelques pages mais tout y était, du plus petit au plus gros composant, de la plus élémentaire à la plus complexe des opérations.

Elle fit un tirage papier qu'elle roula en cylindre dans le pied creux de son lit puis enregistra une sauvegarde du fichier en pdf sur la clé USB qui lui servait de piercing à la joue. Elle entreprit ensuite de fouiller le buffet de la cuisine. Le meuble contenait des assiettes, des verres, des couteaux, des fourchettes, des petites cuillères et des cuillères à soupe, des bols, trois casseroles, des serviettes de tables, trois nappes, des torchons de vaisselle, des torchons pour les mains, des poêles et des ustensiles de cuisine. Elle remarqua qu'il n'y avait ni raclette à fromage dans le tiroir, ni ce qu'elle cherchait. Elle reverrouilla son MacBook et s'apprêta à pénétrer à l'extérieur.

La rue Carnot à Courtonac. Quand je la descends aujourd'hui, je repense à ce qu'elle fut hier. Pourtant, hier, en la remontant, je ne pensais pas à ce qu'elle serait aujourd'hui. Si le temps a un sens, c'est donc toujours le même. Après vient toujours avant. Ensuite, il y a pendant. Enfin, il y a après. Le présent, lui, arrive plus tard. Trop pour être du passé. Pas assez pour être du futur.

Voilà ce que j'ai appris au cours de mes étés à Courtonac, à la terrasse du Café de l'Univers.


Le passé puis le présent mais jamais après le futur. Fût-il antérieur.


Mais au fait, que savons-nous du maigre ? Existe-t-il un universel du famélique ou, au contraire, des êtres qui, individuellement et singulièrement, sont grêles par nature ? Doit-on procéder par généralisations sémantiques pour parler de cachexie ou peut-on pénétrer des formes générales intangibles dont l'émaciation participerait de l'essence même, au sein d'une forme universelle, et qui ne seraient pas de simples regroupements langagiers arbitrairement regroupés par signifiants en fonction d'un consubtantiel signifié ? Autrement dit, quel est la nature ultime de la congruence secrète existant entre Françoise Hardy, Sandrine Kiberlain et une girafe ?

- Vous êtes aveugle ?

- N'est-ce pas nécessaire pour mieux voir ? De même qu'il faut être sourd pour mieux entendre, muet pour mieux chanter et manchot pour mieux toucher...


- Et cul-de-jatte pour mieux courir ?


Le vieillard dut s'asseoir sur un rocher tant il était secoué par l'hilarité.


- Tu es trop drôle, Louison. Si tu es aveugle, sourd, muet et manchot, dis-moi un peu à quoi te servirait de courir ?


- Combien valent vos images ? demandai-je pour me débarrasser de lui.


- Tu comptes trop Louison, car tu ne comptes pas assez.


- Faudrait savoir !


- Je te l'ai dit : je sais...Tu comptes les sous, les agios, les jours de RTT...mais tu ne comptes pas assez sur toi. Au lieu de compter sur ce que tu comptes, tu devrais croire à ce que tu sais.



Vous ne regrettez rien. Dans 1000 ans, on comprendra...Médiatique ? A cause des attachées de presse en petite robe noire. Bavard ? Uniquement s'il y a des micros, des caméras ou des journaux. Sinon, rideau. Et à l'Opéra : se taire. Et en dormant : silence. Intellectuel ? D'accord mais global. Inclassable ? Si vous le dites. Homme-monde ? A la rigueur. Sociétaire du Spectacle ? Définitivement ! Pour comprendre Debord de l'intérieur (mais qui se souvient que c'est vous qui l'avait lancé en 2006 ?). Bouc émissaire ? Book émissaire, plutôt.

- Bah, vos jeux de mots à la Delbourg...


- Je me suis déjà expliqué à ce sujet : les mots sont les pièces d'un jeu de l'ego. On les assemble. Clic ! On les perd, on en retrouve sous le lit. On marche dessus, pieds nus. Aïe ! Mais si on sait les assembler : alors on peut tout (dé)construire.



- Ce que je vais te dire va sûrement te sembler difficile à admettre, mais je te demande de me croire : dans le futur, tu vas me sauver la vie

- Dans le futur ? Mais quand ?


- En septembre 2001...Le 11, très précisément.


- Vous oubliez que j'aurai 80 ans en 2001 ! fit remarquer Gary.


- Et tu conduiras un autobus dans les rues de New York, compléta Madyson. Je sais que ça paraît invraisemblable, je t'avais prévenu, mais c'est comme ça...



Gary se demanda si la jeune femme se moquait de lui.

Mais bordel pourquoi aurait-elle fait tout ce voyage pour se payer sa tête ?


Madyson lui raconta alors en détails ce qui allait bientôt se passer au chapitre précédent et lui demanda de n'en parler à personne pour ne pas gâcher la surprise.



C'est vers 17h34, mais il y a comme un peu d'impatience que ce soit bientôt le soir. Ou qu'il fasse orage. Pour mystifier le temps, on a mis le rôti et les courgettes émincées dans un Tupperware au congélateur. En s'ouvrant, la porte de l'appareil à froidure a libéré ses frimas. Troublante évocation des dimanches d'hiver mouillés, des inhalations sous la serviette éponge, des décoctions aux baies de Goji, des cataplasmes. On a plongé la tête dans le rectangle froid, au plus près des cônes glacés, des sachets de girolles, des filets de colin...Sur les Forty d'Afflelou, une fine couche de bruine est venue se poser. Alors, soudain, en pleine chaleur, on a revu le monde en novembre.

Les réponses ici

vendredi 16 janvier 2009

Bon ben ça va être long c't'affaire...

Je pensais benoîtement que ça passerait comme c'était venu, vite. Qu'avec le temps ça diminuerait. Et c'est le cas en partie. Mais ça revient au moment où je m'y attends pas, en pleine nuit. Des rêves dont je me souviens même pas en plus, j'enrage, mais qui me laissent dans un état que je croyais dépassé. Ou en plein jour. Quand je me sens d'un seul coup tellement vide et indifférente à tout.

Ah on s'marre qu'est-ce que tu crois.

Mais ce n'est pas anodin ce que tu vis là, me dis-je en moi-même, tu as subi des pertes dont on ne se remet pas facilement (ah ben je constate en effet) et il n'est ni stupide ni honteux de prendre le temps d'en faire le deuil. Oui je me dis tout ça parce que dans ces cas-là, on a tendance à culpabiliser, à s'en vouloir de se laisser aller, à marteler des "reprends-toi" aussi inefficaces que dépréciatifs.

Paul Auster l'a dit hier à la télé.

Au journaliste qui lui demandait pourquoi, systématiquement, ses personnages perdaient un enfant, ou une femme, ou les deux, mais pourquoi ? hein pourquoi ?, il a répondu que la perte était selon lui la pire expérience que pouvait vivre un être humain. Ouais. Pire que de pas manger à sa faim tu vois. Enfin ça il l'a pas dit mais on peut imaginer. Donc moi là telle que tu ne me vois pas, je vis la pire expérience possible according to mister Auster. Qui parle bien français soit dit en passant. Mais ne change pas de sujet veux-tu.

Il a dit aussi que parfois ça va pas et il arrive pas à écrire. Et dans ces cas-là, il boit et fume beaucoup. Comme moi. Et il regarde plein de films et il lit plein de livres. Mais là, à mon avis, c'est le stade où ça commence à aller moins mal. Ou je dis ça pour me rassurer ? Non parce que je me remets doucement à lire, une histoire de la Guadeloupe, une histoire de l'empire romain et puis hier j'ai acheté le dernier Dennis Lehane ; il m'a l'air fichtrement bien foutu. J'ai vu, au théâtre, la Trilogia della Villeggiatura, trois heures qui passent comme l'éclair, tout en italien surtitré en français mais on s'en sort.J'ai fini par aller voir le film des frères Coen, pour faire contrepoids léger à Hunger, qui pourrait, ceteris paribus, invalider ce que j'ai dit sur la faim juste avant non ? (tu vois ce que c'est ? parce que sinon tu dois rien comprendre)

D'ailleurs tu te souviens de ce bouquin d'Auster, L'art de la faim ?

Un jeune homme arrive dans une ville. Il n'a pas de nom, pas de domicile, pas de travail. Il est venu dans cette ville pour écrire. Il écrit. Ou, plus exactement, il n'écrit pas. Il se laisse mourir de faim. (Dixit Paul Auster dans L'art de la faim sur La faim de Knut Hamsun)

Comme quoi hein, y en a qui cumulent.

lundi 1 décembre 2008

♫ But I just keep on laughing ♫

Je viens de vivre un de mes plus beaux fous rire. Dans une réunion du genre table ronde mais avec pas beaucoup de chevaliers quand même. Disons qu'on était une douzaine. Que du passionnant, comme d'habitude.

Pour te donner une idée, des fois on parle de la mise en place d'un groupe de travail sur la gouvernance de la maison, du fait qu'on n'a pas trop la culture du séminaire par chez nous, ni de véritables instances de réflexion, et l'usage vertical de la messagerie électronique, c'est franchement critiquable. D'autres fois on rappelle que les fauteuils roulants ne peuvent pas accéder aux loges, que c'est Machin qui assure l'intérim pour les parasites et les champignons mais que par contre les mites et les souris on sait pas qui s'en occupe et t'avoueras que ça peut être préoccupant. Heureusement que le dîner des mécènes a rapporté pas loin de 300 000 euros, tu me rassures. Bref on s'éclate à Dallas.

À la fin le chef rituellement demande Vous avez d'autres points à voir ? et aujourd'hui la collègue hystérique, dont j'ai déjà dû te causer, pose une question con comme elle en pose à longueur de journée mais en général ça sort pas du bureau, ce qui fait qu'il y a encore des gens pour ignorer à quel point elle est conne mais c'est un autre débat. Le chef fronce les sourcils en signe de désarroi, je croise le regard de la collègue kabyle et là c'est parti.

Bon tu as sans doute remarqué que les fous rires n'ont pas forcément pour origine des choses drôlissimes, c'est pourquoi je ne te dirai rien de la question en question, car d'une part tu n'en connais pas la réponse et ça te ferait te sentir con et donc pas rire, et d'autre part ça n'a aucun intérêt. Tu as sans doute aussi remarqué que le fou rire, c'est communicatif et que moins t'as le droit, plus t'as envie. Par conséquent, de deux que nous étions, nous passons rapidement à quatre, qui en camouflant ses hoquets derrière une toux de saison, qui en regardant ses pieds, qui en se prenant la tête dans les mains dans l'attitude de l'intense concentration. Tout cela ne sert strictement à rien puisque les bides et les torses continuent à tressauter.

Au bout d'un moment je décide de focaliser sur le chef, qui a pris son ton le plus grave et sa gueule de méchant. Et là je me rends compte que lui aussi il est contaminé, il durcit encore ses traits mais je croise son oeil qui frise et pour moi ça repart de plus belle. Cette fois je ne regarde plus personne, trop dangereux. Et trop bon évidemment. À la sortie le chef dit qu'il va distribuer des mauvais points si ça continue, mais allez avoue, t'as kiffé petit coquin.

Ça ne vaut pas cette expo de peintres amateurs (attention, j'ai rien contre les peintres amateurs) (mais plutôt contre certaines de leurs oeuvres, ça j'ai quand même le droit) où j'étais face à un abîme de perplexité et à une toile qui, à mon sens, ne pouvait représenter qu'un trou noir...Une tâche noire étalée de façon concentrique dans un geste fougueux d'artiste inspiré, j'avais beau réfléchir, je ne voyais que le trou noir. Et la galeriste amateur, guidant quelques égarés, de dire : Oui ça lui vient comme ça, d'un coup, elle sort ça de sa tête. J'ai été obligée de sortir.

Je t'ai gardé le meilleur pour la fin. Autour de minuit, à l'époque où les communications nationales revenaient cher à certaines heures de la journée, le téléphone sonne, je sors du lit où je faisais la lecture à un cher et tendre et je décroche. Au bout du fil, un très bon ami. Fauché donc et je dirais même fauché comme...Bref tu verras. Le haut-parleur branché on s'engage dans une discussion à trois, jusqu'au moment où il demande ce que nous faisions avant qu'il appelle. Et là le cher et tendre s'écrie "Elle me lisait Quand germe le blé !" Celui-ci je peux encore en rire longtemps juste en y pensant.

Alors bon je suis d'accord, un fou rire ça ne se raconte pas, c'est visuel, ça se vit. Par contre sachant que je lisais André Gide, tu peux trouver le bon titre.

dimanche 1 juin 2008

Des livres (du mâle) et moi

Je l'avais vu en salle au moment de sa sortie, il y a un an de ça je crois. Et j'avais bien aimé, surtout l'envoûtante Asia Argento. Mais l'idée ne m'était pas venue de lire le bouquin. Éternel débat : la vie est-elle dissociable de l'oeuvre ? ou pas ? En bonne khâgneuse nourrie au lait du Contre Sainte-Beuve, j'ai tendance à dire oui, oui oui, un scélérat peut parfaitement pondre un chef d'oeuvre, confer le voyage au bout de la nuit pour n'en citer qu'un. Bien.

Mais alors je n'aurais pas dû avoir de préventions particulières envers l'auteur qui avait inspiré le film de Catherine Breillat, surnommé le "connétable des lettres" certes, mais, car il y a un mais, aux forts penchants pour l'Ancien régime et, n'ayons pas peur des mots, carrément réactionnaire. Foin du biographisme hein. Mais voilà je ne le lus point.

Et puis, un soir, monamour l'a posé, ce bouquin que je n'avais pas lu, sur la table de nuit. Comme ça. Comme il fait si souvent. Par exemple le mercredi il dit Tiens je t'ai amené le Canard. Et moi j'y lis d'abord le journal de Carla B comme une midinette (eh ouais) avant de passer aux films qu'on peut voir, de rigoler sur les dessins, puis, quand même, je passe aux articles de fond, quand y en a, non parce que là je voudrais pas dire, le dernier en date de Canard, y avait pas grand chose à se mettre sous la dent. Mais bref.

Autre exemple : si on se retrouve à faire 50 bornes à vélo (j'exagère pas) un dimanche ensoleillé, paf, le lendemain il ramène un bouquin sur le canal de l'Ourcq.

Bon et alors ce jour-là, il pose le livre que je n'avais point lu hop. Et même pas parce qu'il était en cours de lecture. Non, lui il l'avait déjà lu. Mais peut-être, va savoir, il lui avait tenu compagnie le temps de quelques pages dans le métro...que sais-je...monamour aime relire par petits bouts, c'est un concept. Moi je dis juste Ah ben tiens j'ai vu le film. Et j'y pense plus.

Les semaines passent. Et le livre reste sur la table de nuit, avec ses camarades qui forment de hautes piles (oui on a une grande table de nuit) car sache pour ta gouverne que monamour aime à sortir de la bibliothèque toutes sortes de volumes qu'il entasse sur cette maintenant fameuse table de nuit, afin d'y picorer à son gré.

Ce jour où il posa le livre eut lieu peu de temps après que je me sois tapé l'intégralité des mémoires de Simone de Beauvoir, il est important de le préciser. Je ne sais pas pourquoi je m'étais lancée dans cette lecture de longue haleine, rien de spécial ne m'y avait poussé, si ce n'est un souvenir d'adolescence vague et plaisant autour des Mémoires d'une jeune fille rangée. Là pour le coup, la vie et l'oeuvre ne font qu'un, pas de souci, même s'il y a beaucoup à dire sur le pacte autobiographique. En tout cas quelle ne fut pas ma surprise d'apprendre juste après qu'on célébrait cette année le centenaire de cette même Simone ! Bon j'exagère évidemment mais je trouvais que pour une coïncidence hein bon...

Et là, y a trois jours, temporairement lassée de Civilization (je dis bien temporairement, j'ai quand même une guerre sur le feu, et pas à l'époque de la guerre du feu hein, bientôt je sors les missiles), je pioche dans la pile le bouquin vu au cinéma mais point lu et je feuillette la préface, où je tombe sur un extrait de la correspondance de l'auteur : Mon amour ressemblait à de l'ivrognerie, écrivait-il à je ne sais plus qui. Déjà c'est un alexandrin. Mais surtout ça me rappelle tellement de gens et tellement d'histoires, à moi arrivées ou à d'autres...comme la madeleine de l'auteur du Contre Sainte-Beuve si tu suis. Alors je me dis allez, je vais le lire.

Si tu n'as pas deviné, je te livre maintenant titre et auteur : Une vieille maîtresse de Jules Barbey d'Aurevilly. Oui c'est pas mal, j'arrive à la fin et je n'ai pas lâché, y a du bon et du très bon là dedans, même si parfois trop exalté à mon goût. Mais là où je suis à nouveau toute bouleversée de ces coïncidences de la vie (en d'autres termes, sur le cul), c'est que j'apprend aujourd'hui, depuis mon taff où je lis le journal, que cette année nous célébrons le bicentenaire de la naissance de Jules...Dingue ! Je sais pas quel grand écrivain nous a fait l'honneur de sa naissance en 1708 mais qu'il se tienne paré à toute éventualité.

lundi 4 février 2008

Imperius curse

Je me suis fait avoir. Comme une bleue. Là dernièrement.

J'étais en congé. Mais en congé sérieux attention. Parce que oui je...hum...enfin comment dire...je...prépare...un...concours...oui voilà...Je prépare un concours. Eh ben quoi ? rien de plus normal hein. Investir dans quelque chose qui va à peu près certainement rater, d'autres l'ont fait avant moi, je vois pas pourquoi je me priverais, si on va par là on sortirait plus de chez soi...Alors justement c'était le programme. Pas sortir de chez moi, une fois approvisionnée en documents divers, variés et surtout remarquables par l'intérêt qu'ils suscitent. Par exemple : La décentralisation. Ou bien Une histoire des médias. Voire Histoire des idées politiques en France au XIXè siècle. Oui je sais, c'est très excitant, ça fait soupirer de plaisir, t'as les yeux qui brillent. Et encore je te montre pas le reste de la biblio, j'ai peur que rien que d'écrire les titres ça te fasse fuir.

Alors bon je me rends justice quand même, j'ai bien respecté le "pas sortir de chez soi", à part pour une soirée par-ci par-là (mais ça compte pas les soirées hein), un concert à la Guinguette, qui s'appelle plus la Guinguette je te ferai dire, une velléité de prendre les chemins de fer (oui une envie dingue de m'en mettre plein le nez et puis finalement c'est passé, je crois que ça vaut mieux), à la place on s'est fait une balade en vélo avec monamour, ce dimanche où il a fait si beau, 50 bornes en tout, oui monsieur et même pas de courbatures. À part ça donc, j'ai pas bougé de chez moi, je te jure, bien calée sur les gros oreillers, et j'ai pas arrêté de lire. Tu me diras : eh ben c'est bien. Je te dirais : oh putain oui que c'est bien, mais c'est pas vraiment ce que tu crois.

Là où ça a un peu foiré c'est que la biblio, je l'ai pas hyper bossée. Ben non. En fait, dans mon élan de motivation insensée, j'ai aussi emprunté un bouquin en anglais. Oui parce que bon, y a une épreuve en anglais je te signale. Ça partait d'une bonne intention tu noteras. Mais au lieu de prendre, je sais pas moi, mettons un Jane Austen, ou un Dickens, j'ai pris Harry Potter and the Philosopher's stone. Forcément j'ai été obligée d'acheter Harry Potter and the Chamber of secrets. Et puis une chose en entraînant une autre, après The prisoner of Azkaban, il a fallu passer au Goblet of fire...Là j'en suis à la fin de Harry Potter and the Order of the Phoenix. J'ai évidemment déjà acheté le suivant. Et je sais d'avance que je ne pourrai pas attendre que le dernier sorte en poche, c'est foutu d'avance...Depuis 10 jours je suis plongée là-dedans, j'arrive pas à émerger. Bon l'avantage c'est que monamour et moi nous communiquons en anglais. Et j'aime bien dire Her-my-o-nee avec l'accent. Enfin bon tu vois quoi, des trucs essentiels.

Cependant une angoisse m'étreint : je suis presque au bout là, bientôt c'est la fin...Non mais tu comprends pas ? Quand tout sera lu, qu'est-ce que je vais faire dans la vie moi ? Voir les films peut-être...

jeudi 3 janvier 2008

♫ Give me your eyes that I might see the blind man kissing my hands ♫

Oui oh je sais bien, ça devient n'importe quoi, moi-même par moment je me dis à quoi bon ? Sérieux hein, déjà que c'est pas facile facile de fidéliser la clientèle, si en plus je fais ça par-dessus la jambe...Et toi t'es encore là, prêt à foutre le souk et tout ça...Non mais bon tu m'épates quand même à pas lâcher l'affaire comme ça, franchement chapeau. Alors bonne année va, tu l'as bien mérité. Et puis à l'année prochaine hein, allez, salut.

Mais non oh ça va attends, maintenant qu'on est là comme deux cons à se regarder dans le blanc des yeux, ben je vais te parler des miens tiens, que tu sois pas venu pour rien. D'abord, une fois n'est pas coutume, on commence par le chiant. Mais pas n'importe quel chiant : le chiant vu de mes yeux vu (mais pas le film sur Watteau et les femmes là, que oui je l'ai vu mais c'est pas spécialement chiant même si pas spécialement réussi non plus) (mais Testud oui, là je dis oui, toujours). Le chiant de mes yeux lu en fait, car ouais hein, tu sais que soi-disant je prépare un concours.

Alors pour la mise en bouche, deux grands classiques de la chiantitude, j'ai nommé Méthodologie de la dissertation : culture générale, droit public, économie, questions internationales, de Bruno Bachini et Jean Gonié (que l'on peut grossièrement résumer à un mot : ar-ti-cu-le gros malin, sinon on comprend rien)...et La note des synthèse : principes de base, démontage du dossier, montage de la note, dossiers commentés, de Michel Deyra (ne dirait-on pas un manuel pour changer ta roue sur les chemins vicinaux ?). L'Europe de la culture : histoire(s) et enjeux, d'Anne-Marie Autissier, ma foi pas désagréable au cours des cinq premières minutes, reconnaissons-lui une chiantitude légèrement différée, contrairement à La déclinaison et la conjugaison latines où là, pas de doute, tu plonges direct au coeur de la chiantitude extrême, même le Cujus-cujus-cujus (à prononcer couillousse évidemment) (non mais bon tout le monde n'a pas la chance d'être latiniste), même le cujus-cujus-cujus donc, qui a fait les beaux jours de tes années-collège te laisse aujourd'hui de marbre...Mais console-toi, c'est gravé dedans faut croire, vu la vitesse à laquelle reviennent les automatismes. Pour équilibrer, faut lire le Times et son supplément. Ouais parce que si à l'écrit j'ai pris latin, à l'oral (l'espoir fait vivre), j'ai pris anglais. Une histoire de la physique et de la chimie : de Thalès à Einstein, de Jean Rosmorduc, faut bien se cultiver que veux-tu. Pour finir : Le siècle des intellectuels de Michel Winock, alors ça pour le coup c'est plutôt sympatoche tu vois, comparé au reste je veux dire.

Et tout ça sans lunettes mon ami. Et oui parce que normalement je porte des lunettes, à 84 ans c'est normal hein. Voilà pourquoi c'est si chiant ces lectures, t'as tout compris, j'y vois que dalle ah aha ha...Ouais bon. Figure-toi que depuis peu je me suis mise aux lentilles. Oh la la comme ça change tout. Au début c'est la lutte, parce que va essayer de te mettre le doigt dans l'oeil sans le fermer et on en reparle. Mais après, une fois que t'as atteint le temps optimal de 15 secondes par oeil, j'écarquille, je pose, hop au suivant, à partir de ce moment-là disais-je, ta vie elle est belle et sans angle mort au niveau de la vision latérale...Cela dit, je me suis aussi offert une nouvelle paire de lunettes, que je porte très très rarement du coup, et je trouve qu'avec ça sur le nez je ressemble à l'intello dans Scoubidou (pas celle du film, celle du dessin animé) mais monamour dit que non, ça fait plutôt présentatrice télé. Bref on s'en fout vu que maintenant c'est lentilles. L'appréhension que j'avais, au départ, c'était de perdre mon sex-appeal...t'imagines la catastrophe ? Hors de question. Mais ça va au final, les lentilles ça reste comestible et digeste, je continue à me faire draguer dans la rue...et ça vois-tu c'est primordial, en dehors du bronzage évidemment...j'ai songé un moment à te faire une chute hyper relou, hyper hyper relou, une chute qui fout la honte à son auteur, à moi donc oui, une chute qui dirait en substance : fini le temps de la femme à lunettes, place à la femme à lentilles mais rassure-toi, à lentilles et saucisses. Mais non quand même, on a sa dignité.

lundi 12 novembre 2007

Putain c'qu'il est pas blême, mon pas HLM

Victoire ! Alléluia ! Hosanna ! Je dirais même plus : Eurêka ! Nous avons trouvé !

Comme tu as pu le constater, on a mis le temps. Faut dire aussi qu'on avait des exigences, tu crois quoi ? Déjà, une vraie cuisine, pas un truc à l'américaine, que certes, ça te fait un très joli comptoir avec les tabourets de bar ♫ garçon y a marée basse, remets voir la p'tite soeur ♫, certes, mais en même temps ça te bouffe l'espace dans le salon, et au final ça s'appelle plus un deux-pièces l'affaire. Pas trop au sud, pas trop rive gauche si tu préfères, mais pas rive droite non plus (du moins au sens défiguré du terme) vu que les XVIè et XVIIè arrondissements moi ça me fout la trouille, et ça tombe bien j'ai dans l'idée que c'est réciproque. Pas trop au sud donc, mais donnant plein sud de préférence rapport à la luminosité de notre grise capitale. Une baignoire c'est mieux, à tous points de vue, que ce soit pour la sex-thalasso ou pour éviter la douche, multi-jets peut-être, mais dans un placard. Chauffage et eau chaude centralisés, histoire de passer l'hiver au chaud sans avoir le compteur qui démarre dans la tête dès que t'allumes un radiateur (non parce franchement, à 84 ans j'estime que j'ai passé l'âge d'empiler les couches de fringues à cause d'un chauffage électrique pourri qui te laisse, de toutes façons, le bout du nez tout froid) (si encore j'avais une truffe, je dis pas, mais on n'est pas des chiens merde). Des placards intégrés pour optimiser l'agencement. Et puis, petite cerise sur le gâteau, pas loin du canal. Eh bien, ces critères étant réunis, nous avons eu l'honneur de nous installer ce week-end. Ouais.

Alors bon, pour l'instant, à la nuit tombée nous vivons dans une ambiance très tamisée, sous la lumière douce de petites lampes de chevet, car les plafonniers sont absents des deux pièces principales ; on dort sur le clic-clac du salon, vu que dans la chambre le sommier attend d'être garni d'un matelas ; le matin c'est à qui atteindra l'unique casserole le premier, qui pour faire chauffer son lait, qui pour faire chauffer sa soupe (à 84 ans, j'estime que j'ai le droit de manger de la soupe le matin), oui tu as bien entendu, l'unique casserole, on ne sait pas s'il y en a d'autres dans les cartons encore fermés ou si les esprits frappeurs du déménagement nous ont joué des tours...Par contre on a trois poeles, y a quand même une justice. Pour finir, j'ai pris conscience, à mon grand désarroi, qu'en deux mois d'errance de plan B en plan C d'apparts vides amicalement prêtés, durant ces deux petits mois de rien du tout, j'ai eu le temps d'accumuler un volume impressionnant de volumes, au point qu'il faut, non mais c'est dingue (c'est d'autant plus dingue, j'insiste, que je n'ai pas cessé de me dire : c'est pas le moment d'accumuler les livres, tu vas bientôt déménager, ça va t'emcombrer), au point qu'il faut, disais-je, une bibliothèque supplémentaire pour les caser. Ce qui m'amène à la seconde partie de cette note, à savoir les livres de la quinzaine (enfin je crois, j'ai pas compté les jours).

Sujet Angot, de Christine Angot, je poursuis mon exploration du couple dans tous ses états, éclaté en l'occurrence. Qu'est-ce que tu veux que je te dise, j'aime Christine Angot, et qu'on vienne pas lui parler (ni à moi non plus) d'auto-fiction ok ?

Hannibal Lecter : les origines du mal, de Thomas Harris, bon ben je te le présente pas celui-ci, je crois que vous vous êtes déjà rencontrés. Écoute, ça fait passer le temps hein, genre à la laverie, ou quand tu fais la queue pour rentrer dans le musée (non mais je serais toi, j'achèterais un billet coupe-file, je dis ça pour ton bien, moi je paye pas).

Père-fille : une histoire de regard, de Didier Lauru, mouais, c'est pas pour dire mais il enfonce un peu des portes ouvertes le coco. Après c'est pas forcément des conneries, juste si tu vois à quoi correspond le complexe d'Oedipe au féminin, tu peux te l'épargner. Monamour, qui l'a lu de son côté et qui, je me dois de le préciser, dédaigne généralement toute littérature psychologisante, a appris des trucs lui, il va même jusqu'à dire que maintenant, sous ce nouvel éclairage, il arrive à deviner le père derrière la fille. Enfin bon, c'est toi qui vois.
L'élégance du hérisson, de Muriel Barbery. Je suppose que t'en as entendu parler, en ce moment tout le monde le lit, j'en vois plein dans le métro. La petite fille surdouée et la concierge autodidacte cultivée, non ? ça te dit rien ? C'est ce que Gavalda pourrait faire si elle travaillait son style. La philosophie en plus. Bref, ça m'a ni transcendée ni dégoûtée. Moyen quoi.

Les travers du docteur Porc : une enquête du docteur Porc, de Tran-Nhut, ah là là quelles délices ! Le docteur Porc vit au Dai-Viet, au XVIIè siècle, il est obèse, il pue de la gueule mais il a un visage magnifique et il mène l'enquête. Vas-y voir, franchement.

Chirac et les 40 menteurs...de Jean Montaldo, en lecture à voix haute avec monamour. J'ai pas lu celui sur Mitterrand (et les 40 voleurs). Là on se fade les mécanismes complexes des marchés truqués d'Ile-de-France, mais c'est intéressant, même si très redondant vu qu'il recoupe les témoignages pour les besoins de la démonstration. Montaldo a une plume très fleurie, ce qui ne gâche rien. Quant à savoir si c'est un extrêmiste de droite...?

Le choix de Sophie, de William Styron. Comment te dire ? je me suis laissée embarquer et je dévore. Pas vu le film, jamais rien lu de Styron et là, paf ! J'en suis à la moitié, je trouve ça parfois (rarement pour être exacte, mais quand même) mièvre, je ne saurais qualifier le style, pas foncièrement original à mon goût, mais je suis scotchée, va comprendre...J'oublie de dire que, malgré le sujet, c'est drôle. Non parce qu'un gars qui te cause camp d'extermination, esclavage et sudistes américains, et aliénation, et racisme - bon et amour ok c'est vrai - a priori tu te dis, ça va pas être drôle. Eh ben si.

Tu nous en veux pas, on a laissé Keynes de côté pour l'instant, ce qui fait de lui, en l'état actuel des choses, un adolescent attardé. Mais je te tiens au courant, comme promis.

vendredi 26 octobre 2007

Livres de la semaine

En entrée, En cas de bonheur de David Foenkinos, parce que bon hein, on l'aura compris, aujourd'hui, le couple, moi aussi ça me concerne. Et puis ce petit jeune qui monte, faut bien voir ce qu'il propose quand même à un moment, à force de voir les piles dans les librairies. Eh bien oui, oui, ça se lit. Et vite. Trop peut-être vu qu'il en reste pas grand chose après. Divertissant quoi.
En plat de résistance, Rendez-vous de Christine Angot. Parce que l'amour ça nous concerne tous, ben oui. Alors je sais ce que tu vas dire, c'est bon, pas la peine, t'as le droit de cracher dessus, tu seras pas le premier, quant à moi je dis respect, je me prosterne et je fais tchin tchin Bouddha.

En dessert, Camisoles de Martin Winckler, parce que le polar c'est bon pour la santé. Mais bon, je te le dis en confidence, j'ai préféré Mort in vitro.

Au rayon si j'aurais su, j'aurais pas lu, Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part d'Anna Gavalda (ouais ben on n'est pas obligé de les lire dès qu'ils sortent hein, y a pas de date de péremption), parce que l'erreur est humaine. Non mais franchement ça me soule ce genre de littérature, tu peux pas imaginer. Limite Hélène et les garçons c'est mieux.

En diagonale, Fragments d'une analyse de Donald Woods Winnicott, parce que le divan, normalement ça se partage pas, alors par curiosité quoi, vas-y fais voir qu'est-ce qu'il raconte le monsieur là...Ben déjà il y allait souvent chez son analyste lui, presque tous les jours (moi deux fois par semaine, petite joueuse à côté). Et sinon, ça se confirme, une analyse ça se partage pas.

En cours, Tout compte fait de Simone de Beauvoir, parce que quitte à se taper les quatre premiers volumes de ses mémoires, autant lire aussi le dernier. Surtout que c'est vachement bien (la preuve, on y découvre les dégoûts alimentaires de Sartre) et bientôt, je crois, elle va parler de la guerre du Vietnam, alors hein, et de mai 68 si ça se trouve.

En cours également mais en lecture à haute voix avec monamour cette fois, Une sorte de diable, les vies de John Maynard Keynes d'Alain Minc, parce que paraîtrait que je suis keynesienne moi. Et ouais qu'est-ce que tu crois ? Enfin j'en sais rien, mais comme on me l'a dit, maintenant faut que je vérifie tu comprends ? Alors pour l'instant on en est que le jeune John, il se la pète un peu, comme quoi il est vachement intelligent et qu'il a fait des grandes écoles mais par contre il est pas trop discipliné vu qu'il est plus mieux que tout le monde et homosexuel accessoirement. Ce qui m'avance guère sur ses théories économiques, tu t'en doutes. Je te tiens au courant.

mardi 29 mai 2007

"Un break par rapport à quoi Elisabeth ?"

Ah ben ça fait du bien une petite pause comme ça, tranquille pépère, franchement je te conseille.

Au départ je me suis demandée si j'allais pas réaliser ces trucs de ouf pour lesquels je manque toujours de temps, genre faire un ménage de printemps dans la cuisine, ou classer tous les papiers qui s'empilent sur le bureau, voire (carrément dingue) trier des fringues. Au final force est de constater que c'est pas de temps que je manque mais d'envie. Au diable les trucs de ouf, allez, n'écoutant que mon courage, j'ai décidé de rien faire. Carrément.

Eh ben crois-le ou pas, j'y suis pas arrivée. Qu'est-ce que tu veux, je suis hyper active moi, l'oisiveté c'est pas mon truc, je tiens pas en place, faut toujours que je m'agite, que je travaille, que je me rende utile...c'est plus fort que moi. Alors là, ça a été 1 ciné par jour, 1 livre par jour, 1 terrasse par jour, 1 resto par jour, 1 grasse matinée par jour, 1 sieste par jour. Tu vois le programme, pas trop un truc de feignasse quand même.

Je suis tombée là-dessus (je te le mets en italique des fois que tu sois pressé, tu peux zapper) : On pourrait l'accuser de lâcheté, bien sûr, mais on pourrait tout aussi bien le décrire comme un homme en plein conflit. Peut-être n'était-il pas tout à fait sûr de vouloir épouser Saint John. Peut-être n'était-il pas prêt à renoncer à O'Fallon. Peut-être se sentait-il déchiré entre les deux femmes, ayant besoin de l'une et de l'autre. Le remords peut entraîner quelqu'un à agir contre son intérêt, mais le désir aussi peut faire cela, et quand remords et désir se mêlent à parts égales dans le coeur d'un homme, celui-ci est susceptible de se conduire de façon étrange. Bon, point de vue style, c'est pas l'extase ok, mais quand même hein, j'aime bien quand on me dit que non, je suis pas lâche, je suis juste étrange. Oui donc oui. Oui oui oui. Je développe pas, je pense que tu vois à peu près.

Je suis aussi tombée (retombée est plus juste) (de sombrero) sur le facétieux charisme de Louis Garrel. Ah oui tiens, encore un triangle t'as vu ? (sinon tu peux y aller, c'est bien)

J'ai noté que le deuil, la mort, la perte sont des thèmes très à la mode en littérature et en cinéma d'aujourd'hui. Mais j'ai pas poussé l'analyse plus loin, attends, j'avais pas que ça à faire non plus, c'était l'heure de l'apéro.
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Une semaine loin du taff. Une semaine loin de toi aussi, pauvre chou. Sept jours de réflexion. Et aujourd'hui j'ai informé mon propriétaire que dans trois mois..

mercredi 16 mai 2007

♫ People are strange ♫

Je te fais un compte-rendu de mise au point avec le charmant charmeur chilien dès que possible, on laisse tiédir un peu, c'est meilleur pour la digestion. En attendant, tu serais bien aimable, si possible, de me raconter la fin du dernier Joseph Connolly L'amour est une chose étrange (ah oui tiens, il croit pas si bien dire, vraiment c'est de circonstance, le titre qui tombe à pic), qui est bien drôle mais quand même pas pareil que les précédents (j'adore quand il fait dire à ses personnages Passe moi le truc là s'il te plaît. Ça ? Non, juste à côté. Ah, ça ? Mais non, ça là-bas...Mais là il la fait pas cette blague, et puis il raconte mieux quand même), ce qui n'est pas une critique négative, va pas croire. Bon alors j'en suis à la page 371, quand Annette se fait aborder par un quadragénaire et qu'elle lui demande s'il vient souvent ici et lui il répond Oh mais c'est plutôt à moi de vous poser la question (bas de page 371, pour être tout à fait précis).

Car oui, ça devait bien arriver un jour, je m'y attendais, mais tu sais ce que c'est, on ne se prépare jamais assez au pire : hier j'avais pas prévu de sortir, je me voyais déjà sous la couette en train d'ouvrir le bouquin (à la page 371 donc), mais le destin en a décidé autrement, du coup ce matin je me réveille non seulement tard, mais sans avoir fini la "nouveauté". Tu te souviens, je t'ai déjà parlé de cette appellation bizarre. Le livre en question est sorti en janvier, y a bientôt cinq mois si tu sais compter. Eh ben c'est une nouveauté. Bon. Ils ont pas l'air d'être au courant du nombre de nouveaux titres par semaine. Ou alors, ils appellent nouveautés leurs nouvelles acquisitions, et là c'est carrément de la publicité mensongère. À ce compte-là, on achète Les Regrets de du Bellay et on dit que c'est une nouveauté. Ou la bible tant qu'à faire, allez hop, tout nouveau tout beau hein oh, ça va pas mieux non ?

Toujours est-il que si je le rendais pas ce matin le livre (oui parce que ce soir, vu l'heure à laquelle je vais sortir du taff, il est inutile d'envisager une visite à la bibliothèque qui, soit dit en passant, ouvre pile poil quand tout le monde est au taff, c'est d'un pratique), si je le rendais pas ce matin, fallait casquer. Les amendes là tu sais. Les pénalités de retard. Et ça vois-tu c'est hors de question. Donner quinze euros au Trésor public (non mais je rêve) en guise de punition, je me préfère encore me payer une vraie nouveauté. Donc voilà où j'en suis : je connais pas la fin. Et c'est insupportable ; autant quand tu rates le début, bon, tu t'en remets...autant pas avoir la fin c'est frustrant.

J'te jure...ma vie est pas simple. En plus ils ont le culot de s'afficher comme les chantres de la lecture publique...On se foutrait de notre gueule que ça m'étonnerait pas, parce qu'en l'occurrence, c'est plutôt privée de lecture il me semble.

jeudi 5 avril 2007

♫ Bigophone on s'entend bien, plus d'faux jeton, j'peux mettre le mien ♫

Je suis agacée, je t'en cause deux minutes, puis je te laisse tranquille.

Là où je bosse, y a une cantine. Non, je te prie de m'excuser, je voulais dire un restaurant du personnel, ça donne l'illusion que c'est meilleur (ça les empêche pas de servir des oeufs en tube. Et même de la perche du Nil j'suis sûre). De la même façon, on dit pas pointer, on dit badger, tu saisis la nuance ? Dans ce restaurant y a plein de gens (le personnel, oui, comme le nom l'indique) qu'on appelle collègues. Moi des fois j'y vais. Notamment quand j'ai faim, mais aussi parce que j'ai rendez-vous avec quelqu'un, voire quelques-uns, c'est tellement sympa la pause-déjeuner au taff hein. Bon.

Cependant il arrive que j'aie envie de manger seule. Pas souvent, mais ça arrive, un petit plaisir que je voudrais m'offrir. C'est pas du luxe. Eh ben si. C'est mon droit. Eh ben non. J'ai tout essayé : y aller super tôt, quand ils ont pas encore digéré le petit déj, y aller super tard, quand ils commencent à songer au goûter, me placer dans des endroits inédits où personne me repèrera - oui parce qu'ils ont leurs habitudes, alors naïvement je me dis tiens je vais m'asseoir au fond là-bas, ni vue ni connue...Tu parles.

Systématiquement y en a un qui débarque (ils se relayent, c'est pas possible) la mine désolée Oooooh Ada, t'es toute seule ? Alors je réponds oui, sur un ton qui est censé te faire comprendre, si t'es un peu fut fut, que j'en suis fort aise...Ooooh ben je vais te tenir compagnie. Et voilà, encore raté. Et encore un qui supporte pas sa propre solitude (je peux comprendre bien sûr, sauf qu'alors il faut assumer) qui cherche absolument un être humain pour le regarder avaler sa friture et qui camoufle le tout sous des dehors compatissants et apitoyés. Entre mon échec à déjeuner seule et les gens qui se mentent à eux-mêmes, je sais pas ce qui m'énerve le plus.

Sinon (je sais d'avance que cette réflexion est légèrement injuste mais je te la livre néanmoins) on va quand même pas me faire croire qu'on a besoin d'autant de publicité pour que les livres de Paul Auster se vendent hein ?

Merci de m'avoir permis d'évacuer ces petites contrariétés, tu es bien aimable.

lundi 19 mars 2007

♫ Ça fait frémir, faut savoir dire stop ♫

Je sais pas s'il faut parler de mécanique des fluides ou de vases communicants, je m'interroge...Comme j'y connais rien, je vais te le dire à ma façon.

Je pense qu'après une longue réflexion et moultes piqûres de rappel (laisse-moi rêver) il apparaît que tu as fini par comprendre que le charmant charmeur chilien et moi, c'est terminé. Bon je sens que tu vas encore dire Ah bon ? mais pourquoi tu l'as pas dit avant ? Et là, si tu crois que tu vas parvenir à m'énerver, laisse tomber, tu m'as beaucoup déçue mais je me suis fait une raison. Par contre si tu pouvais éviter de prendre ce petit air chagrin de tous ceux à qui j'annonce la nouvelle, genre la bouche tombante, les yeux humides et si pleins de compassion, le tout couronné d'un Mais ça va toi ? inquiet...si tu pouvais éviter donc, ça me ferait des vacances. Déjà parce que d'une part non, ça va pas (enfin si, ça va mieux, sinon je t'en causerai pas) et d'autre part...non d'autre part rien...j'allais dire c'est pas la fin du monde quand même. Mais comme en fait c'est la fin d'un monde...Bref.

Et vendredi soir, après avoir récupéré le bouquin que j'avais oublié le resto la veille...(Un bouquin de bibliothèque en plus, de ceux qu'ils appellent Nouveauté...Ils ont pas peur du ridicule franchement...Non parce que les nouveautés qui datent de six mois, je voudrais pas dire mais niveau fraîcheur ça laisse à désirer. Après moi je m'en fous que ce soit nouveau ou pas, mais qu'on nous laisse le temps de les lire merde...Eh ben non, ce pavé de 700 pages écrit petit, tu te dois de le finir dans la semaine. Tu te démerdes, tu poses des congés, tu lis sous la douche, c'est pas leur problème. Et bien sûr que non tu peux pas prolonger, et puis quoi encore ? Et s'il se trouve que par malchance, tu l'oublies, ce putain de bouquin, à l'autre bout de la ville, vu qu'il te suit partout pour optimiser ton temps de lecture, genre s'il y a un silence à table, t'as presque envie de l'ouvrir, ça sera toujours quelques lignes de gagnées...alors, dans ce cas vraiment trop dommage, tu te retapes un bon trajet en métro dès que possible, et ce même si t'as aucune intention de repasser par là, pour la simple et bonne raison que c'est demain la date limite et qu'ils sont vraiment impitoyables sur les nouveautés, ils te collent des amendes direct et ils bloquent ta carte...mais sinon c'est des bibliothécaires hyper impliqués dans leur mission comme quoi on a tous le droit de lire, oui c'est un droit, quelle que soit ta couleur préférée et la race de ton chien...Seulement tu comprends, il faut poser des règles, sinon où irait le monde ?) à la caisse du supermarché mon téléphone se met à vibrer. Je ne réponds pas. Le caissier, je le vois dans son regard, pense que je suis quelqu'un de poli, alors qu'en fait le numéro qui s'est affiché n'est pas dans mon répertoire, faut pas chercher plus loin. Puis ça rappelle une deuxième, troisième, quatrième fois, toutes les deux minutes...sans laisser de message. Oh tu sais, à ce petit jeu-là ma patience n'a pas de limite, ça peut insister toute la nuit, si je sais pas qui c'est, tu peux toujours courir.

J'ai arrêté de compter depuis longtemps quand enfin on se décide à parler dans le répondeur. C'est Canada Dry. Ouais je sais, te fatigue pas à te justifier, t'as oublié qui c'est...C'est lui Canada Dry. Évidemment il veut qu'on se voie et tout et tout. Alors je me dis, comme ça en passant, qu'il y a une entité quelque part (oui, pourquoi pas là, ce serait cohérent) qui, malgré ma détermination (et crois-moi que pour renoncer au charmant, faut être vachement déterminé) veut pas que je sois monogame. Cependant je me donne à fond avec monamour. Par exemple on a réservé des billets de train pour le mois de juin...si c'est pas de l'engagement sur le long terme ça...

mercredi 17 janvier 2007

Lis tes ratures

Parfois le soir, après l'amour (ou le contraire) et avant de dormir, au lieu de regarder la télé que j'ai pas, je fais la lecture à monamour (et crois-moi que ça me change. C'est pas avec le charmant que je pouvais avoir ce genre de plaisir). Puis ça donne lieu à des réflexions profondes et intelligentes.

Monamour : Tu crois que t'aurais pu être pontonnier de la Bérézina ? Trois jours dans la flotte...

Ada : Tu penses, j'aurais pas été assez résistante.

Monamour : Les gars qui rentraient au bercail à pied dans la neige...

Ada : P't'être ils trouvaient un peu d'aide auprès de la population, tu m'files un peu de soupe ?

Monamour : Ouais on vous a envahis mais on est tous chrétien merde

Ada : En plus j'ai plus d'orteils j'te rappelle

Monamour : Je me vois vraiment pas rentrer à pied de Russie, qui plus est en béquilles...

Ada : Oh ben t'inquiète, t'aurais fait des pauses...

(...)

(les points de suspension à l'intérieur de parenthèses, ça veut dire que le dialogue s'arrête et qu'on rit) (non mais je précise, des fois que toi tu trouves pas ça drôle, sens-toi libre)

Monamour : Ça fait comment de mourir de froid tu crois ?

Ada : Je crois que c'est atroce.

Monamour : Ils s'enfouissaient peut-être dans la neige pour se protéger.

Ada : En même temps, vu les températures, même en gagnant quelques degrés, ça restait tendu...

Monamour : Ouais, passer de moins 20 à moins 10...

Ada : Surtout que moins 10, ça fait tôt quand même

(...)

Alors, t'as deviné ? Bon allez je t'aide un peu : sachant qu'on a chacun son bouquin ; sachant qu'il y a un Balzac, un Zola et un Zweig...lequel est celui d'Ada ? lequel celui de monamour ? lequel celui qu'on lit en commun ? T'es gentil tu donnes le titre aussi hein.

jeudi 28 décembre 2006

♫ Je vise juste et j'suis pas près d'lâcher l'affaire mec ♫

Vu qu'on arrêtait pas de me tanner pour que je m'en occupe vite fait, selon le bon vieux dicton qui voudrait nous faire croire qu'il n'est jamais trop tôt pour bien faire...

Vu que bon, je suis un peu du genre à laisser traîner jusqu'à ce qu'il soit trop tard...

Et vu que là c'est important de pas se rater...

J'ai pris les choses en mains.

D'abord j'essaye de les joindre par téléphone. Je tombe sur un message vocal, d'abord en français, puis dans la langue de mes ancêtres. Je réitère plus tard, et encore plus tard, et encore après. Toujours pareil. Au moins je saurai parfaitement prononcer : désolé, le service n'est pas disponible, veuillez rappeler ultérieurement. En même temps y a peu de chance que ça me serve...je sais pas...peut-être dans les moments de gueule de bois, ou autres, où faudra pas me déranger, je pourrai sortir cette formule en guise de va te faire foutre. Ouais faut savoir adapter ses connaissances, c'est signe d'une intelligence vive, qu'ils disent.

Bon à un moment ça me soule d'appuyer sur la touche bis (non parce que moi, ma préférée, c'est la touche étoile quand même) (tiens, ça me fait penser, j'ai lu récemment un bouquin d'Albert Cossery, ça vaut le détour, surtout, truc de ouf, que j'en reste comme deux ronds de flan vanille-caramel, le truc trop stylé, c'est son usage parcimonieux de la virgule. Ça a l'air de rien et pourtant ça fait tout) (tandis que moi, tu vois, j'en use et j'en abuse de la virgule. Eh ben je sais pas comment faire autrement) (et je te parle même pas de la parenthèse), et donc j'arrête (la touche bis) et je remets au lendemain.

Le lendemain ça continue. Mais quand est-ce qu'ils bossent exactement là-dedans ? On va pas me faire croire qu'ils ont pris des vacances non plus ? Alors je décide que tant pis, puisque c'est ainsi j'y vais carrément. Y a risque de cassage de nez sur porte close mais oh je vais pas squatter le téléphone jusqu'à épuisement. Avant de partir, dernière tentative, et là, miracle, quelqu'un au bout du fil. Si c'est pas merveilleux. Un véritable conte de Noël. J'obtiens les renseignements nécessaires puis je trace.

Forcément c'est situé dans le XVIème arrondissement (de Paris), ce coin de désert où perso je me sens pas hyper en sécurité, ça manque de racaille...Je marche le long d'avenues sans vie. Et je pense. Donc je suis. Suis-je ce que je pense ? Non bon attends, je raconte n'importe quoi et toi t'essayes de répondre aux questions, pff, arrête ton cinéma tu veux ? En fait je pense que je pense beaucoup à ex-monamour ces derniers temps, ce qui me fait penser que j'aimerais qu'il pense à moi lui aussi, là-haut sur sa montagne...D'façons je lui ai donné un sachet de tisane d'artichaut et il a dit qu'il penserait à moi au moment de s'en servir. Et tu sais bien que la tisane ça met longtemps à infuser, et après c'est long à boire tellement c'est chaud. Alors forcément il va beaucoup penser à moi. Obligé. Et quand il reviendra je vais le chauffer, mais sans tisane, je te dis que ça.

J'entre. C'est bas de plafond. Une majorité d'yeux bridés. Je me présente au guichet 1 : on me donne le formulaire en deux exemplaires. Je le remplis tout en m'intégrant à la queue du guichet 2. À ce moment une dame me demande si elle est au bon endroit. Oui oui, c'est bien ici pour les dépôts.

Puis elle revient à la charge pour savoir s'il faut prendre un ticket. Déjà, pourquoi elle ne s'adresse qu'à moi ? c'est d'autant moins compréhensible qu'à chaque fois elle perd sa place dans la queue et elle se replace en dernière position...alors qu'elle pourrait demander à son voisin, tu vois ? Eh ben non, elle vient jusqu'à moi. Pourquoi ? y a écrit Accueil du public sur ma gueule ? Ensuite, vois-tu un distributeur de tickets quelque part mmm ? vois-tu des gens avec un ticket à la main ? vois-tu un écran où défilent des numéros ? Non hein ? Alors ? Alors je lui réponds : non non, il faut juste se mettre dans la file (allez zou).

Là c'est mon tour. Je fournis les pièces demandées. Elle revient. T'y crois à ça ? Elle re-vient. Et s'enquiert : les gens qui font la queue de l'autre côté, c'est pour quoi ? C'est pour faire parler les curieux, j't'explique : c'est des gens, ils se mettent les uns derrière les autres dans le but que d'autre gens, toi par exemple, qui m'a l'air d'avoir sacrément du temps à perdre, que d'autres gens donc se demandent avec curiosité ce qu'ils peuvent bien faire, alignés ainsi devant un guichet...Quel mystère...

Bon je comprends que ça puisse être stressant les formalités administratives, mais pourquoi je dois me taper le seul cas social de l'assemblée ? Et rester polie en plus...Alors tu vois, je pense qu'ils en sont à l'étape suivante, vu que les guichets sont numérotés, on peut supposer qu'il y a une progression, un peu comme un jeu de l'oie, tu saisis p'tite dinde ?

Je passe au guichet 3 pour payer. Ça y est, c'est fini, je me dirige vers la sortie. Et devine qui m'alpague avant de franchir le seuil ? Gagné. Vous l'aurez dans combien de temps ? m'interroge-t-elle. Désolé, le service n'est pas disponible, veuillez rappeler ultérieurement. Ça l'aurait fait non ? Mais ça m'est pas venu. Dommage. À la place je réponds : une semaine, c'est le délai.

Voilà, dans sept jours j'ai mon visa pour la terre de mes ancêtres. Et tu sais ce qu'elle me dit, avant de me laisser partir ? À la semaine prochaine alors !