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lundi 26 septembre 2011

♫ And if you have a minute why don't we go talk about it somewhere only we know ♫

Un peu comme tout le monde et plus particulièrement comme le silex, monamour est biface.

Éclatant de rire en pleine lecture silencieuse, il répondra à ton regard interrogateur : Non rien c'est Epictète qui me fait marrer (tu me diras moi c'est Proust, chacun son genre). Par ailleurs il est capable de jugement aussi réducteur que : Finalement Le combat ordinaire (chef d'oeuvre de Manu Larcenet, ndlr), c'est rien d'autre que l'histoire d'un angoissé de la classe moyenne.

En même temps tu peux pas reprocher aux gens d'aimer les choses pour de mauvaises raisons (cf mademoiselle A qui, à la tête d'un vaste troupeau constitué notamment d'un chameau de Tamanrasset, d'un livre-tortue et d'une grosse vache, s'intéresse avant tout à leurs étiquettes de lavage).

Tu peux même pas reprocher aux gens de ne pas aimer, car ça ne se commande pas ces choses-là (cf Fred Vargas, Critique de l'anxiété pure, le passage sur les bleus, les rouges et les violets).

Alors monamour, dans son trip Janus, dit d'une part :
Je veux vieillir avec toi
et d'autre part :
Je veux qu'on décohabite.

Le suspens est à son comble.

vendredi 3 juin 2011

♫ Ecoute les orgues, elles jouent pour toi ♫

Ouh là là, mais oui dis donc t'as raison, ça fait un bail qu'il ne se passe rien ici, t'aurais dû me le signaler plus tôt. Surtout que non seulement je me faisais une gloire de pondre une petite note mensuelle nonobstant la ponte antérieure et très prenante du petit mammifère dont je t'ai déjà parlé (oui je suis un ornithorynque) mais en plus j'ai un vrai sujet, passionnant et tout : se pourrait-il que monamour et moi-même formions un couple de vieux cons ?

C'est la question qu'on aurait pu se poser ce soir de week-end où, endormis aux alentours de minuit, sous les rumeurs nous semblait-il assez lointaines d'un dîner entre amis, nous fûmes réveillés vers 2h par les cris hystériques (YOOOOOOOOOUUUUUUUUUHHHHHHHHHHOUUUUUUUUUUUU !!!!!!!!!!!! YYYYYYYYYIIIIIIIIIIIIIIIIII !) provenant de ce qui s'est avéré une grosse fiesta chez les voisins du dessus. Vérification faite, la chambre de mademoiselle A, par sa situation côté jardin, préservait l'enfant de l'agression sonore (cela dit quand elle a décidé de dormir profondément elle plaisante pas, tu peux passer l'aspirateur sous son lit elle bronche pas). La chambre parentale, quant à elle, profitait pleinement de l'ambiance musicale.

Comme deux djeuns à la cool on a commencé par se remémorer les soirées organisées dans le taudis où je vivais au début de notre relation et la tolérance incroyable des habitants de l'immeuble qui jamais ne vinrent se plaindre. Puis histoire de s'impliquer dans une démarche positive et active, pour ne pas dire carrément pro-active (je voulais faire une note entière sur ce mot mais j'ai oublié pourquoi et comment) (je suis aussi un poisson rouge) on a joué au blind test, toujours dans cet esprit si frais qui nous caractérise ah ah ah, et celle-là tu la connais ? ah ouais j'la kiffe trop, allant parfois jusqu'à fredonner et même esquisser un petit déhanché ou un hochement de tête en rythme. Jusqu'à ce que, le pic étant passé et profitant de l'accalmie, chacun reprenne son bouquin avant de sombrer rapidement dans un second sommeil.

Pour en être tirés, vers 4h, par une nouvelle poussée de volume accompagnée, comme il se doit, des cris de ces demoiselles qui, à cette heure avancée, auraient sans doute préféré en proférer d'autres, plus lascifs, mais que veux-tu, quand tu pécho pas, tu chantes très fort (en choeur, faux et avec les soulards) ta frustration. Monamour et moi, bien que nous appréciions le comique de répétition, avons trouvé ça moins drôle. On s'est un peu poussé l'un l'autre, allez va leur dire de baisser le son, mais vas-y toi, non toi...Un peu par flemme de se rhabiller, un peu par lâcheté, un peu par pas envie de passer pour le vieux con, on n'a rien fait jusqu'à ce que la sonnette sonne (comme souvent quand elle passe à l'action). On a hésité deux secondes avant de comprendre qu'elle sonnait chez nous, ben ça alors, et d'ouvrir la porte à un monsieur barbu et fort confus qui croyait que nous étions les responsables de ce boucan de tous les diables (un malentendant donc). De retour dans le lit, on a attendu, vaguement soulagé, que la sonnette sonne au bon endroit. Et ben crois-le, crois le pas, elle a pas sonné, la teuf a continué fort et un peu longtemps et force a été d'en déduire que le barbu honteux était reparti chez lui sans finir le boulot. Non mais quel con !

mardi 1 février 2011

♫ Je prends mon baise en ville, j'me tire à Delta Ville ♫

Pendant que monamour se pose des questions à propos de l'occupant à titre gratuit : Tu crois qu'il sera gentil ? (et à mon ventre : Il faudra être gentil hein ?) ou, plus inattendu, Tu crois qu'il aimera le jambon ?, je suis censée préparer la valise.

Oui eh oh, la valise, la valise, c'est pas non plus les grandes vacances, le séjour à la maternité, un petit sac devrait suffire. Eh ben non. Ne crois pas que tu pourras te contenter du petit truc discret qui te sert pour les escapades de fin de semaine, non non, il te faudra bien le gros machin et tu auras même du mal à le soulever, sans déconner.

Déjà il faut trois serviettes de bain et trois de toilette. Parce que c'est pas la même chose ? Très bien, disons trois petites et trois grandes alors.

Six gants de toilette : mais pour quoi faire ? On coupe la poire en trois, deux ça sera parfait, je les ai achetés exprès je te signale.

Une tétine si besoin : c'est gentil mais comment on sait si on va en avoir besoin, gros malin ? Allez tiens, puisque c'est ainsi, je décide qu'on n'en aura pas besoin.

Après tu enrichis ton vocabulaire : une gigoteuse...??? Qu'es aquo ? Et une brassière...Autant une brasserie je vois bien...Alors tu cherches et dans ton encyclopédie libre, tu apprends qu'une brassière c'est un sous-vêtement féminin et qu'au Québec c'est synonyme de soutien-gorge. Oui mais on est dans la colonne Pour bébé là, ça paraît prématuré. En cherchant mieux tu découvres qu'une brassière pour bébé c'est en fait une chemise qui se ferme dans le dos. Tu peux pas dire camisole comme tout le monde non ? Et la gigoteuse, alors là, franchement, quand tu finis par comprendre que c'est une sorte de duvet qui empêche justement de gigoter, tu ne t'étonnes même plus qu'on l'appelle également turbulette (mais bien sûr).

Il y a aussi les éléments qui laissent perplexe : pour maman, des culottes jetables (tu as immédiatement des visions d'horreur...mais je vais me vider de mon sang, c'est ça ?) (je dirais même plus : et de quoi d'autre ?), même pas en rêve que j'investis là-dedans. Ou encore, pour bébé cette fois : six pyjamas...Au-delà du fait que six est manifestement un chiffre fétiche pour les gens qui établissent cette liste, soit les pyjamas parties ça commence hyper tôt, soit ils organisent la fashion baby week, c'est pas possible, attends on les fait défiler et tout ou quoi ?

Je te passe les questions existentielles dans les rayonnages du magasin au moment où tu te rends compte qu'entre les tailles naissance, 1 mois, 3 mois et 6 mois, ça se joue à quelques millimètres, sachant que ça grandit vite ces bestiaux...Du coup, je vois pas bien pourquoi on prend pas direct du 14 ans, que ça leur profite au moins.

lundi 10 janvier 2011

♫ Et tu sauras où l'acheter le courage ♫

Encore des récriminations.

Je ne supporte plus qu'on me réduise à mon état de femme enceinte. Certes mon activité principale, surtout depuis l'arrêt de travail suivi des congés pathologiques qui déboucheront prochainement sur le congé maternité officiel, mon activité principale donc consiste à fabriquer cet occupant à titre gratuit, ce qui demande des repas substantiels et beaucoup de repos (enfin, selon ma recette à moi). Mais gravide ne signifie pas forcément grave vide de tout autre sujet de conversation bordel.

Je ne supporte plus les envieux. Oui j'ai réussi un concours qui fait que je gagne mieux ma vie, oui j'ai un petit jardin en plein Paris et oui je suis enceinte. Et alors ? C'est une raison pour me considérer comme une riche qui trahit son camp (je te signale quand même que tous mes amis, sans exception, font, tout comme moi, partie de la classe moyenne (qu'ils en soient conscients ou pas, voire honteux), faut arrêter les fantasmes) ? C'est une raison pour énumérer les désagréments qu'il y a à entretenir la pelouse d'un jardin plutôt que les avantages d'y faire des plantations et des grillades carnivores ? C'est une raison pour pousser les hauts cris dès que je me touche le ventre, sous prétexte que je fais ma chochotte (figure-toi que ça bouge là-dedans et que j'aime bien y répondre par des caresses, je ne demande à personne d'y prêter un quelconque intérêt) ; ou de déclarer, soi-disant ironiquement, que c'est vraiment dégueulasse un aussi gros ventre (je te passe les réflexions qui ne manqueront pas d'arriver sur les pis à lait). Ces bandes de frustrés embourbés dans le marécage de leur incapacité à se mettre en mouvement me fatiguent.

Pour aller jusqu'au bout, je ne supporte plus les gens sous influence, ceux qui tiennent un double discours pour mieux s'aveugler, ceux (souvent les mêmes) qui, en toute lâcheté, n'assument pas leurs choix (et on ne peut que les comprendre, car leurs choix sont mauvais) mais n'en tirent pas non plus les conclusions qui s'imposent.

Mais aussi quelques louanges.

J'agrée ces amitiés nouvelles, celles qu'on n'attendait plus parce qu'on sait bien que c'est comme pour les langues vivantes et le sport, plus on avance en âge, moins on a de chances de réussir. Vivifiant sans aucun doute.

J'agrée aussi ces amitiés renouvelées, celles qu'on entretient avec des gens qu'on voit deux ou trois fois par an sans pour autant perdre en qualité, au contraire, mesurer combien on est réciproquement attaché les uns aux autres.

Je prends beaucoup de plaisir à observer à la dérobée, par la porte entrebâillée, monamour à sa toilette, quand il rentre tard de son cours de kung fu et que le miroir reflète juste la partie comprise entre le bas de son ventre et le haut de ses cuisses (il est beau, que veux-tu).

J'apprécie tout particulièrement que l'année commence par un coucher à 8h du mat, après le départ des derniers fêtards et un rangement sommaire, qu'on se blottisse et qu'il me dise Je t'aime, je t'aime, je t'aime, ad libitum.

Bonne année

jeudi 16 décembre 2010

♫ Au diable les maîtresses queux qui attachent les coeurs aux queues des casseroles ♫

Maintenant que j'ai tout mon temps je peux me permettre de réfléchir. Parce que figure-toi que je suis en arrêt de travail pour une durée relativement longue. Un mois. Oui alors dit comme ça c'est flippant. Moi-même au début j'en menais pas large. Rester allongée à mi-temps pour que l'occupant à titre gratuit veuille bien passer l'hiver au chaud avant de pointer le bout de son nez, c'est sûr ça inquiète. Au final on s'habitue vite à se faire servir comme une princesse. Plus de ménage, plus de courses, plus de travail. Bon ben qu'est-ce que tu veux, je glande sous la couette et je regarde la neige tomber...et puis je lis environ un livre par jour...et je vais au cinéma, et au resto tant qu'à faire. Non franchement on va pas se plaindre hein.

Alors du coup je réfléchis. Aux couples. Je sais pas toi mais moi la plupart des gens de mon entourage sont en couple. Avec ou sans enfant mais avec cohabitation. Monamour et moi dans le souci de préserver la fougue des premiers temps, on a envisagé de vivre séparément pour mieux se retrouver quand et seulement si on en avait envie. Choisir plutôt que subir tu vois. Mais n'oublions pas qu'en bons petits bourgeois on aime son confort et que le trois-pièces parisien tu peux difficilement te l'offrir tout seul (bourgeois oui mais petit on t'a dit). En plus quand même on se kiffe. Et puis on parvient plutôt bien à se laisser vivre en toute liberté sans emmerder l'autre. Parfois on prend des vacances séparément et la plupart du temps on est très content d'être ensemble.

Oui bon rien d'exceptionnel tu me diras. Mais là où ça devient intéressant, c'est l'opinion de l'entourage. Larvée l'opinion, tu te doutes que c'est pas le genre d'idées qu'on affiche honnêtement. Mais qui, parmi les gens qui nous connaissent, qui, je te le demande, aurait misé le moindre centime d'euro sur notre relation et son heureuse évolution ? T'auras beau chercher...A la décharge de ces braves gens, précisons que les rebondissements, séparations et renversements de situation n'ont pas manqué, ce blog s'en est nourri. Cependant je te prie de croire qu'on a dû fournir, surtout dans les périodes critiques, un bon sujet de cancans et commérages lors de soirées où nous étions absents. Je les vois d'ici. Ben oui évidemment, vu que j'y participe. Pas à mon propre bitchage, je suis pas folle non plus, mais tu sais bien, seuls les plus grands peuvent se targuer de résister à la tentation de dire du mal d'autrui en son absence, c'est tellement fédérateur de s'entendre sur la connerie d'un tiers.

D'autre part je me faisais la réflexion que les conjoints de mes amis je les aime pas des masses en général. Je les trouve ternes, voire chiants ou pas à la hauteur, moches, pas assez cultivés, peu intéressants (oui ben je me lâche) (mais rassure-toi je t'ai fait un panorama, c'est pas la même personne qui cumule) (en même temps les qualificatifs ne sont pas exclusifs hein, on peut très bien être moche et chiant). Surtout je constate que lesdits amis n'en sortent pas grandis, que leur relation amoureuse a même plutôt tendance à les appauvrir et délaver les couleurs si chatoyantes que j'apprécie chez eux. A l'analyse il se pourrait que je sois jalouse, je veux bien prendre ma part de responsabilité. D'autant que ça devient difficile des les voir en solo, comme au bon vieux temps quoi, entre célibataires sans obligation. Sans compter qu'il est de bon ton d'apprécier le conjoint et d'être pote avec lui. Au point qu'on en arrive à fixer des dates où Machin(e) pourra se libérer pour cet apéro que tu espérais tellement passer en tête à tête avec cette personne dont la relation privilégiée et amicale est bien antérieure à sa rencontre avec un substitut de sa mère ou de son père (je me lâche complètement, oui). Et, alors que tu as envie de hurler "Mais t'aurais pas pu laisser ton boulet à la maison !", te voilà obligée de faire bonne figure. Bien sûr je caricature légèrement mais tu auras remarqué que l'ami(e) n'est pas la même personne selon que sa moitié de couple est présente ou non. Après il y a des nuances, des gradations dans la métamorphose, entre celui qui ne change pas d'un iota et celui qui se transforme en inconnu dès lors qu'il est accompagné (et un inconnu avec qui t'as pas vraiment envie de faire connaissance). Dieu sait que j'ai pu faire partie de cette dernière catégorie à certains moments détestables de ma vie passée. Mais j'ai l'impression que ce n'est plus le cas aujourd'hui et ça me désole de le constater chez les autres.

Un autre sport largement pratiqué consiste à dénigrer son propre conjoint. Ne nie pas, on le fait tous. Tu sais, quand il t'a bien énervé et que tu déblatères en énumérant sans reprendre ton souffle tous ses défauts et les griefs y afférents. Je suis d'accord, ça soulage et ça mange pas trop de pain, pour peu que tu te livres à cette gymnastique dans l'intimité d'une oreille amicale, bienveillante et qui abonde dans ton sens avec mesure et surtout sans renchérir, car tu n'aimes pas non plus qu'on dise du mal de ton chéri, toi t'as le droit mais y a des limites. Cependant quand l'ami en question (et crois-moi que j'ai plusieurs exemples en tête, ce qui est plutôt inquiétant) passe son temps à t'expliquer sans relâche, encore et encore, combien sa vie de couple est un enfer, non seulement c'est d'un mortel ennui mais tu ne peux même pas lui dire que tu en es toi-même convaincue et qu'il faudrait songer à y mettre un terme, car au final, qui es-tu pour donner des leçons ? , toi qu'on a pu trouver si mal assortie avec ta moitié et vice-versa...et que sais-tu de ce qui lie les gens ? Ok, pas grand chose. Disons que ça ne me regarde pas. Mais on m'ôtera pas de l'idée que conjoint dans certains cas ça s'écrit en deux mots, n'en déplaise aux pièces attachées.

lundi 22 novembre 2010

♫ Tout corps vivant branché sur le secteur étant appelé à s'émouvoir ♫

J'aurais presque pu battre un record personnel si la pharyngite ne s'était pas manifestée avant la fin de l'année. Elle est apparue discrètement, une légère gêne à la déglutition sur le côté gauche de la gorge, pas de fièvre. Le genre de truc qu'en temps normal je traite par le mépris. Seulement voilà, comme on dit dans les émissions télé à suspense, je suis enceinte et il s'agit d'être un peu responsable. J'ai donc tapé sur les pages jaunes le nom de ma rue dans la rubrique "Médecin généraliste". Un seul résultat s'est affiché. Bon ben comme ça hein au moins c'est facile. Quand à la fin de la consultation je lui ai tendu le formulaire Cerfa numéro 12485*01, elle s'est exclamée Mais vous n'êtes jamais malade alors ! Je ne te le fais pas dire. Et j'ajoute que cette histoire de médecin traitant c'est complètement injuste et absurde. Parce que regarde : moi, depuis qu'il faut avoir un médecin traitant, je n'ai pas eu besoin d'aller chez le médecin. Par conséquent je ne peux pas avoir rempli le formulaire. Mais quand je suis tombée enceinte, je suis allée chez le gynéco, normal. Sauf que j'ai été moins remboursée vu que je n'avais pas suivi le parcours de soin homologué, ce qui n'aurait pas été le cas si j'étais allée (sans symptôme aucun, juste pour le fun administratif) chez un généraliste que j'aurais choisi comme traitant avant de passer par la case gynéco. Note bien qu'on me fait payer plus parce que je coûte moins cher en dépenses de santé. Bravo. Enfin bon tout ça c'est du passé car maintenant j'en ai un moi aussi de traitant.

Monamour, ça ne l'étonnerait pas que ce soit ma lecture du moment qui m'ait rendue malade. Au début je me suis dit qu'il exagérait de me prendre pour un être si sensiblement fragile. C'est vrai que Les bienveillantes c'est assez particulier mais de là à en faire une maladie ? Pourquoi pas remarque, avec tous ses traitements spéciaux...Quoi qu'il en soit j'ai eu droit à ma dose d'antibiotiques et je n'ai pas l'impression qu'une solution finale se profile pour mettre un terme à ces angines chroniques.

Il a pourtant bien fallu passer ce week-end en Normandie prévu de longue date. Dans la belle-famille, qui est belle, c'est vrai, et sympa, et tout et tout. Mais qui a passé son temps à s'adresser à mon ventre. Cette jeune femme porte son ventre très avant, a dit la pédiatre. Je suppose que c'était une façon plus diplomate de dire qu'il est gros pour l'état d'avancement des travaux. Oui ben j'y peux rien si l'occupant à titre gratuit a un grand fémur, signe paraît-il d'une taille au-dessus de la moyenne, je t'assure que c'est pas de mes origines asiates qu'il le tient. Bref la star c'était mon ventre, on se l'arrachait, tout le monde voulait en palper les contours, apposer ses mains (on ne m'a jamais autant caressée que ces dernières quarante-huit heures) et même lui parler. Ce qui fait que je ne voyais que des gens penchés en avant, à quatre pattes contre ce ventre et...euh sinon, si ça vous intéresse, enfin sans vous déranger hein, moi je m'appelle Ada et comment dire, je suis la personne autour quoi. Mais penses-tu, vas-y que je te colle ma bouche dessus en hurlant C'EST TA GRAND-TATIE GEORGETTE, COUCOU ! TU ES EN NORMANDIE CHEZ TA GRAND-TATIE GEORGETTE !

vendredi 27 août 2010

♫ It was only a lover's game, now we're trapped in the world of our dreams ♫

Résumé des épisodes précédents (viens on fait comme si ce blog racontait une histoire) : suite à un concours, je suis retournée à l'école en province, ne retrouvant la capitale et monamour que le week-end. Du coup, trois nuits par semaine c'était son corps contre mon corps et nos corps qui s'enchaînent. Ce fut une belle époque, avec pas mal de régressions estudiantines, de beuveries et, qui l'eut cru (pas moi), d'amitiés à feuillage persistant. Maintenant l'école est finie, les voyages en train aussi, retour à Paris avec un nouveau boulot. Plus intéressant, mieux doté en vacances et mieux payé. On dit aussi travailler moins pour gagner plus. Tant qu'à faire hein. Non parce que je vois pas trop en quoi c'est truc de ouf de travailler plus pour gagner plus. Ne parlons même pas de travailler plus pour gagner pareil, c'est franchement sans intérêt. On fait pas du bénévolat non plus. Alors que travailler moins pour gagner plus, là excuse-moi, c'est autrement post-moderne.

Si tu le veux bien, faisons donc, en cette période de rentrée, un petit check up.

Les champs pulmonaires sont homogènes. (Tu m'étonnes, j'ai arrêté de fumer). Le coeur a quatre cavités. (Tout bon coeur qui se respecte a quatre cavités, on ne le dit pas assez) L'activité cardiaque est présente et régulière. (Encore heureux, je te l'accorde)

Il n'existe pas d'anomalie des aires rénales, les deux reins sont visibles. (J'ai arrêté de boire aussi) (de l'alcool)

La tête a un aspect normal. Les quatre membres sont en place. L'estomac est en place. La paroi abdominale est régulière. La vessie est en place. (Oui ok, rien d'exceptionnel)

Mais attends.

Le fémur mesure 5 mm. (Hé si)

Conclusion : grossesse normalement évolutive pour l'âge, le bilan foetal précoce est normal ce jour.
Dans un bon vieux rap, on aurait plutôt dit : si tes organes sont dans la place, lève le doigt (ah ben non, au temps pour moi, tu n'as encore que des rayons) (mais je parle à qui là ?)

mardi 4 mai 2010

♫ Quand tu me mords où ça dérange et tu m'attaches les bras, quand je fais sautiller sa frange, ses cris se tirent dans les graves ♫

Les scènes de sexe c'est plus facile à jouer qu'à écrire. T'as vite fait de te retrouver avec un paquet de didascalies et quasiment pas de texte. Ben si, réfléchis.

Sinon tu as la bonne vieille quoique ambiguë technique de l'ellipse. Tiens prends Zola par exemple. Oui oh je sais, très mauvais exemple, Zola ne s'étant pas particulièrement illustré dans le genre. Mais prends-le quand même, dans je ne sais plus trop lequel d'ailleurs, Nana ou La Curée, voire L'argent, bref. Ils sont au resto dans un salon privé et tu lis un truc aussi lapidaire que "il l'embrassa sur le canapé" Point à la ligne. "Après son départ, il se pencha à la fenêtre..." (en mieux hein, je suis mauvaise imitatrice). Alors qu'est-ce que tu fais avec cette phrase après l'avoir lue à tonamour ? Direct je lui dis Eh ben ça y est, il l'a baisée. Mais lui, monamour, il prend la chose très littéralement et il dit Non ?? tu crois ? tu crois vraiment qu'il l'a baisée ? C'est bien ça le problème avec ces auteurs qui se permettaient pas d'aller au fond des choses, on n'est jamais sûr à cent pour cent (mais quand même, à mon avis il l'a baisée).

Ou alors, tu as la technique de la description. Avec Djian t'es tranquille, le gars la joue on ne peut plus explicite. Et il fait ça bien en plus. Tu sais si ça se passe par devant ou par derrière, avec quels accessoires et tu as des indications assez précises sur le niveau et la circulation des fluides corporels.

Moi depuis cette tentative je n'ai pas creusé le sujet. En ce moment j'aimerais bien t'en raconter un peu plus, parce que tu sais peut-être pas mais monamour et moi cette année on ne se voit pas beaucoup, du fait que j'étudie en province (je prépare un guide des bars) alors qu'il vit à Paris, sans compter mon séjour à Alger, son séjour aux Antilles, etc etc. Enfin tu vois, quand on se retrouve dans le lit en même temps, c'est un peu la fête et j'aurais plein de choses à te raconter si j'étais plus douée en écriture de scène de sexe.

D'autant qu'on avait commencé gentiment : lui, en liaison téléphonique avec un metteur en scène (déjà c'est excitant non ?) et moi à mi-chemin de sa tête et de ses pieds (j'aime son caleçon blanc sur sa peau noire). Il réagissait assez favorablement mais je ne voulais pas non plus le déconcentrer totalement. Puis il m'embrassa sur le canapé.

Comme je m'éveillais d'un sommeil ouaté, il me demanda si j'avais faim.
Monamour : t'as pas un petit creux toi ?
Ada : si, si si...je me mettrais bien un petit quelque chose sans les dents et je me disais justement que tu voudrais peut-être combler mon petit creux ?

jeudi 24 septembre 2009

♫ Bleu bleu le ciel de Provence, blanc blanc blanc le goéland, le bateau blanc qui danse ♫

Je sais, Marcel Amont c'est pas de ton temps. Ça tombe bien, je vais pas non plus te parler de la Provence.

Le truc sympa avec Héphaïstos, c'est ses bons plans. Déjà la maison cubique blanchie à la chaux
elle te rend quasi fou de joie et tu veux plus la quitter. J'ai envie de dire ♫ Que la montagne est belle ♫. Tu te prends pour un botaniste à force de reconnaître les figuiers, le jasmin et la vigne du premier coup d'oeil (ouais ben eh). Tu croises pas grand monde, à part au bar-restaurant, coeur et unique organe social du village, et quand un soir, de retour d'ici ou là, te prend l'envie d'immortaliser ce paysage, tu luttes longtemps pour ouvrir la portière de la voiture à cause d'un vent violent. Au péril de ta vie tu te perches au bord du ravin et tu prends de misérables photos en bougeant au rythme des rafales, tandis que tout le monde (à savoir personne + tonamour) voit ta petite culotte.

(Sauras-tu retrouver la maison cubique parmi les maisons cubiques ?)

Mais Héphaïstos, ce n'est pas que la montagne. Héphaïstos, c'est aussi l'hôpital. Le matin où monamour se réveille avec les boules là, et qu'il lui demande l'adresse d'un médecin, Héphaïstos le prend par l'épaule et nous emmène à l'hôpital. Attends gars, qu'il lui dit monamour, moi je veux juste un rencard chez le médecin, j'ai pas de temps à perdre hein. Rien à faire, on va à l'hôpital. Et là c'est miraculeux : tu arrives aux urgences, tu dis que tu as mal à la gorge, personne ne rit de toi, personne ne te conseille de te jeter d'abord du troisième étage pour que le physio à l'entrée te prenne en considération. Non, on inscrit ton prénom sur un bout de papier (on ne te demande ni ton nom, ni ton adresse, ni ton matricule), tu attends, allez, 10 minutes dans un couloir, on t'ausculte, tu payes pas et tu vas acheter des médocs pour la gorge. Tu rêves pas.

Héphaïstos, c'est encore la mer. Précisons que ce voyage n'était pas prévu de longue date (autrement dit organisation zéro, free style impro) et que lorsque le susnommé nous proposa un séjour mi-montagne, mi-mer, nous acceptâmes avec soulagement afin de s'éviter la galère du vrai routard. Ainsi donc la mer.

Une petite crique très peu, voire pas, fréquentée. Où j'ai lu des livres et bien bronzé. Où une crevette (ou était-ce un petit poisson ?) venait nous mordiller les parties charnues. Où il s'est avéré que monamour est bien meilleur que moi en ricochets (c'est nul t'façon les ricochets).

Héphaïstos enfin, c'est le bon pote. Celui qui t'amène à son QG à la tombée de la nuit, petite plage de sable fin, parasol et lumière tamisée. Qui te dit Tu es ici chez toi, on va passer du bon temps ensemble. Qui te présente ses potes qui viennent s'attabler aussi. Qui raconte sa vie et qui te fait marrer. Qui aligne les pintes en veux-tu en voilà, non non non you're my guests, à tel point que le lendemain, que crois-tu ? Ben oui, t'es obligé d'y retourner pour mettre la tienne.

mercredi 26 août 2009

♫ Robinson Crusoe n'a plus un vendredi d'libre ♫

Alors cette année on est parti en Crète. Pendant le voyage aller j'ai découvert un nouvel aspect de monamour tout à fait étonnant : cet homme est anxio-extra-lucide.

Première transe anxieuse : qu'on reluque son passeport de trop près. Faut dire aussi qu'il a recollé lui même la photo qui ne tenait plus qu'à un fil (à Londres, contrairement à Madrid où ils s'en contrefoutent, ça rigole pas avec les photos décollées, ils te font la leçon tellement méchamment que t'es presque volontaire pour faire demi-tour). Eh ben crois-le, crois-le pas, ça passe beaucoup mieux comme ça. On pourrait donc supposer qu'il est préférable d'avoir de faux papiers pimpants que de vrais abîmés.

Transe anxieuse numéro deux : qu'on rate la correspondance à Athènes à cause du retard du premier vol. On a beau courir dans la galerie duty free, on arrive en avance pour l'embarquement du second vol, lui aussi en retard (ils font bien les choses faut reconnaître).

Et là, comme on commence à être un peu trop tranquille, à survoler de charmants paysages,


il active l'anxiété numéro trois : et les bagages ? seront-ils bien orientés ? va-t-on les retrouver entiers à destination ? Je le rassure en faisant valoir qu'au pire on ira dans un camp de nudistes et puis le tour est joué, tiens bois une bière.

Cependant à Héraklion, une fois qu'il a eu récupéré son sac, que tous les autres passagers ont eux-mêmes récupéré leurs sacs, que la dame de la compagnie m'a dit d'aller voir le tapis roulant d'à côté et que je n'ai toujours rien vu venir, la perspective du camp nudiste ne m'a plus beaucoup fait rire.

Oui mais bon eh oh, respect à monamour je te signale, dont l'anxio-extra-lucidité frappe là où ça fait le moins mal. Ben ouais regarde, si son passeport était retoqué, on partait pas ; si on ratait la correspondance, on perdait de l'argent. Là on perd mon sac : pff une broutille, on va retrouver les vraies valeurs contemplatives, loin du monde consumériste, pas un bouquin à lire, rien (je veux dire à part les siens de livres, mais moi La Grèce pré-classique j'avais pas trop envie). Franchement il assure.

C'est aussi à ce moment que j'ai pris conscience qu'il allait falloir gérer en anglais. Pas de problème puisque pour commencer elle me montre des photos de sacs et je dois sélectionner celui qui ressemble le plus au mien. Après elle ouvre l'armoire derrière, et là dans ton petit cerveau traumatisé qui fait un déni de réalité, tu te dis que obligé elle va en sortir l'objet du désir...mais non, elle prend juste un rouleau de PQ pour s'essuyer les mains. Ensuite elle dit : Well, when I'll have news, I'll send you an SMS, sorry, bye. Attends. Attends, tu vas pas me laisser comme ça en plein désarroi ? tu vas pas m'abandonner ? tu vas le retrouver mon sac hein dis ? I'll send you an SMS. Mais je m'en fous de ton SMS, je veux mon sac.

Bref on sort de l'aéroport et on tombe sur un monsieur qui tient une pancarte "Monamour", c'est le loueur de voiture. Je fume deux clopes d'affilée le temps de lui raconter la mésaventure et là, je ne sais pas comment il fait, mais avec deux trois mots genre Take it easy, you're on holidays, il me décontracte tout en douceur. Je prends le volant, en route pour le sud-est. Deux heures plus tard, on retrouve Héphaïstos, le propriétaire de la maison sur la montagne. Il nous amène chez son pote l'épicier qu'il a fait veiller (round midnight) exprès pour nous et là encore le simple fait d'acheter brosses à dents, dentifrice et gel douche (parce que qui porte la trousse de toilettes ? La fille, é-vi-dem-ment) me décontracte un peu plus (je suis rien qu'une petite bourgeoise).

Le lendemain je téléphone et la dame dit qu'ils ont retrouvé mon sac (et mon SMS ? il est où mon SMS s'il te plaît ?). En attendant qu'il arrive jusqu'à la montagne (you know, the taxi-driver has 4 bags to deliver in different places of the island...Mais t'as pas honte ? t'as pas honte d'en avoir perdu 4 des sacs ?), je me baigne en sous-vêtements, à la guerre comme à la guerre. Ils ont heureusement le bon goût d'être en coton noir, sans frou-frou ni trou-trou. Tu veux qu'j'te dise ? Vivent les culottes de mémère.

lundi 27 juillet 2009

VSD

Vendredi. Nourrir le chat pour la dernière fois, marcher tranquillement jusqu'au bar où on a rencard avec sonamour. Être en avance. Longer le quai pour visiter les aménagements de Paris-plage, s'arrêter devant le cours de salsa, hésiter à y participer, regarder l'heure. Être à la bourre. Le retrouver en terrasse devant une bière, comparer les mérites respectifs de Houellebecq, Mérot et Jaenada. Marcher tranquillement jusqu'à la table réservée dans le resto berbère, bien boire et bien manger. Rentrer à pied, faire l'amour, dormir.

Samedi. Manger un rouleau de printemps sur le quai en regardant les boulistes. Aller au cinéma. Marcher tranquillement jusqu'au bar où on a rencard avec son pote. Lui raconter des trucs de ouf. Trois bières plus tard, marcher tranquillement jusqu'au bar où on a rencard avec le charmant charmeur chilien. Faire les trois bars du quartier en se déplaçant par voie de chemins de fer. Se faire accueillir par le grand sourire du barman qui se souvient de la dernière fois. Rejoindre l'Embarcation-close, danser, relancer les chemins de fer dans les chiottes étroits, en traçant de belles lignes sur le bouquin récemment reçu. Se faire complimenter pour le blog par une lectrice insoupçonnée. Monter et descendre trop souvent et trop vite. Prendre un taxi dans une sorte de bad raide et électrique.

Dimanche. Se faire réveiller par un texto, sourire, se rendormir tranquillement jusqu'à une heure avancée de l'après-midi. Retrouver son amie chez elle pour un apéro espagnol. Lui raconter des trucs de ouf. Apprendre par téléphone qu'il ne faut pas s'étonner en rentrant de trouver deux inconnus dans son salon. Rentrer, boire du tit punch avec les cousins inconnus. S'exprimer en anglais car y a pas le choix. Se moucher trop souvent. À la question Tiou a une rhub ?, répondre : Oh but you speak french !

vendredi 26 juin 2009

♫ Mais aujourd'hui j'ai peur car l'horloge a tourné ♫

Les bonnes nouvelles, si elles les atténuent, ne suffisent pas à compenser les mauvaises. Et la mauvaise nouvelle, c'est que j'en ai marre de monamour. De ses attitudes fuyantes, de son immaturité, de ses indécisions. Je ne vais pas entrer dans les détails, mais il faut que tu saches quand même qu'après les grandes vacances et suite à la réussite du concours, je retourne à l'école pour un an. Une école en province. Je pense que ce sera l'occasion de prendre de sérieuses distances pas seulement physiques. Pas que ça m'enthousiasme mais à un moment, si t'as pas ce que tu veux, c'est pas une raison pour avoir ce que tu veux pas, tu comprends ? Et là je lâche l'affaire. Voilà c'est dit. C'est assez étrange de prendre ce genre de décision, je le fais à contre-coeur et en même temps ça s'impose.

Pour autant, on est censé partir en vacances ensemble en août. Est-ce vraiment une bonne idée ?

vendredi 12 juin 2009

♫ Ce sont des trucs qui ne s'expliquent pas, ces jolies choses qu'on se dit tout bas ♫

Tu veux que j'te dise ? La bonne nouvelle, c'est que j'ai réussi un concours. Eh oui, encore, ah la la, ça devient une habitude (cela dit en toute modestie, sans la moindre fierté ni prétention, je suis pas du genre à me mettre en avant ou à faire remarquer combien je suis brillante, non non non) (la preuve). Mais attends, comment ça déchire !

Et alors du coup faut fêter. Ben oui. Tout en passant des entretiens avec monsieur le directeur, madame la directrice et le saint esprit. Parce que c'est pas tout de réussir, après faut faire des voeux d'affectation, et pour que le choix soit parfaitement éclairé, faut aller sur le terrain, à savoir des bureaux où tu dois arriver bien coiffée, bien sapée (j'te raconte pas le boulot), faire la fille enthousiaste aux compétences tellement variées que bien sûr que c'est moi qu'il vous faut, tu rigoles. Mais bon, comme je te disais, faut fêter aussi, très important de fêter. Et donc, réfléchis deux minutes, ça paraît pas vraiment compatible.

Notamment quand, aux alentours de 5-6 heures du mat, tu décides d'enlever tes lentilles et que le charmant charmeur chilien te garantit que le flacon marqué d'idéogrammes est bien du nettoyant pour lentilles. Écoute je veux pas chipoter, mais après ça, mes yeux ont pleuré quarante-huit heures (et bien bien plus que ninety-six tears) (dis donc, ninety-six c'est le double de quarante-huit, c'est dingue) (et ne me dis pas que tu connais pas Question mark, je te l'avais mis en video). J'étais un peu énervée.

Surtout quand je suis arrivée chez monsieur le directeur, avec des yeux de lapin, les lèvres gercées et le nez qui pèle (bon d'accord on ne peut pas tout mettre sur le dos de ce nettoyant. Reconnaissons que d'autres produits du genre ferroviaire avaient fait leur oeuvre) et qu'il a fallu exposer mes motivations (alors écoute, gars, c'est bien simple, là moi je rêve que d'une chose, c'est de me recoucher, et éventuellement, ce soir, ressortir le champagne et ce qui va avec). Eh ben en fait nous avons établi un contact très satisfaisant et si ça se trouve, c'est là-bas mon nouveau boulot. Mais si ça se trouve, c'est pas là-bas, quel suspens...

Enfin toujours est-il que ça a sacrément déconné ces derniers temps. Quand le charmant susnommé demandait : Est-ce que vous m'aimez ? il fallait répondre : Oui je vous pépé, et quand monamour, de retour de vacances, disait : Tu m'as manqué, y avait juste à savourer. Pour te dire qu'on a atteint des sommets.

mercredi 18 mars 2009

♫ Une rose de Picardie ♫

- Par la porte entrebâillée je te vois rêver...tu l'auras toujours ta belle gueule, dis-je à Monamour qui se pomponne dans la salle de bain, tu l'auras ta superbe...T'aimes tant qu'on t'aime, que tous les autochtones sortent leur totem.
- J'veux pas qu'on m'aime mais je veux quand même, répond-il.
- T'as mis des diams sur ta veste Hillbilly ?
- Ouais, j'suis comme un pape au volant de sa caisse (le garçon que j'aime fait peur à mes voisins). Je suis le roi des scélérats, à qui sourit la vie. Mais s'il suffisait de se faire une beauté pour retrouver grâce à tes yeux, ça se saurait hein.
- Aujourd'hui nos regards sont suspendus. Dans quoi tu te mires, dans quel étang ? je repars.
- Ben quoi ? Mes yeux sont dans le miroir où j'les ai laissés. Prends-moi dans tes bras.
Et mes doigts de palper, palper là cet épiderme. Comme de bien entendu, nous sommes interrompus par la sonnette :
- J'ai les mains prises, chérie va ouvrir, qu'il dit (mais c'est pas grave parce que tout au long de la soirée, nos corps ont joué, tellement joué à se toucher, à s'effleurer, personne n'a rien vu).

Ben oui, je t'ai pas dit mais c'est son anniversaire, donc on fait la teuf. Pour une occase, c'est une occase. À la centrale y a carnaval. Alors on convie les amis, on les invite à venir prendre un verre, ils disent d'accord. Rendez-vous sur la lande, à l'endroit où l'on s'est épris (dans l'appart de ses parents quoi, parce que c'est plus grand).

Moi, les anniversaires j'ai l'air dans la lune. Au self les elfes me sollicitent (buffet libanais (cuisine-moi kitsch et net, il avait dit Monamour) c'est fourré à quoi ces petits machins appétissants ? eh ben goûte tu verras bien) (ça se voit pas trop que j'en sais rien ?). Des érudits m'abreuvent de leurs fioles. Comment tu trouves mon calva ? Tu sais ce que c'est, on se noie dans des murmures. La fermer, se taire, l'ouvrir, ça va sans dire : est-ce que vous en avez ? du réseau, des rougeurs, des nerfs d'acier ? Si c'est pas malheureux notre monde qui part en brioche ouh la. Et puis les pluies acides décharnent les sapins. Sans aucun doute, l'homme de demain sera hors norme. Mais je me tue à te dire qu'on ne va pas mourir. Qu'en dit le héron ? Il en sait long. Et toi sais-tu qu'en Écosse des gosses écossent des chimères en chair et en os ? Et les mouettes se délectent de nos anecdotes (tous nos échanges coulaient de source).

Allez, tous à l'assaut de l'euphorie. Les fruits à portée de main, et les délices divers. Pommes d'or, pêches de diamant (ah zut, j'ai encore un bout d'paille dans l'nez)

Attends, remets l'champ' dans la glace, j'ai une question à te poser. Oui vas-y, je t'écoute. Hein quoi ? ah ok, fond du couloir troisième porte à droite (on aurait dû flécher).

À un moment c'est l'heure du gâteau...(alors c'est pas compliqué, pour la tarte aux pommes, deux ou trois goldens, un p'tit verre de rhum, un bâton de cannelle). L'heure du speech de monamour aussi : Les années immaculées circulent dans mes veines, mais sait-on où passent-elles ? Je veux quand même me souvenir de tout (pauvre caribou) (le blues il sent bon dans ta voix, je lui dirai en aparté).

Et puis alors que paisiblement j'plantais mes olives dans une pizza chaude, vlà que le musicien s'approche.
- Tu sais, j'ai des doutes sur la notion de longévité, ah la la, où l'acheter le courage...la vie d'artiste n'est pas rose, n'est pas sans tache...mais y a pas d'quoi faire un drame, sur l'prospectus ça disait provisoire.
C'est quoi cette histoire, ça cache quekchose, que je me dis, perspicace. Il se passe quoi, dis-moi.
- Tonamour m'a demandé de t'annoncer ça avec précaution alors voilà, sais-tu qu'la musique s'est tue ? finit-il par accoucher.
- Mais comment t'es au courant toi ? que je réponds, un peu sous le choc.
- Ah il sait tout mon petit doigt.
- Attends, y a oune dé ké pipé là...
Mais bon qu'est-ce que tu veux, l'heure c'est l'heure, on n'est pas d'humeur à verser des pleurs. Qu'on me presse une orange.

C'est pas tout ça mais
j'ai des faims de loop de loop, de shalala chaloupés, on va dans[er] sous des pluies diluviennes, même si les danses d'ici se différencient des danses du ventre. C'est fou c'que j'ai la banane, j'fais la noce avec Yasmina, à découvert le ventre à l'air, ça sent le cramé sous les projos. Y en a même qui en viennent aux choses sérieuses, genre Je veux te dominer aux dominos, je te veux nue sur l'avenue à chaud (la nuit draguait un vieux parfum de furie). Et mon corps de se vouer à des lunes surdouées. C'est l'heure où je glisse dans les interstices, où il vaut mieux balanc[er] les jumelles pour ne garder que le flou. Des heures, des heures de voltige à plusieurs, des kilomètres de vie en rose.

Après cinq babies, c'est l'heure de me zoner, mes circuits sont niqués, puis y a un truc qui fait masse. Où veux-tu qu'j'te dépose ? se demandent-ils mutuellement. Heureusement qu'on rentre à pied parce qu'à l'analyse il ressortirait que j'suis pas d'équerre, yé n'en pé plou. Dans les faubourgs je décante. En moi gronde une ville, grouille la foule dessaoulée. Oh tu sais, les capitales sont toutes les mêmes devenues (voyez-vous ces êtres vivants ?)

Après la colline j'y suis (chez moi). Éteins une à une les lumières que je dis à Monamour, j'ai fait un songe, une hypothèse, un projet de baise. Mais avant, glissé le carbone plus papier dans la machine et au travail, c'est ça oui c'est ça (j'écris un mot sur le blog quoi). Parce que quand même, j'sens comme un vide, remets-moi Johnny Kid. Alors bien sûr ses congénères crient au génie, évidemment. Putain les grands voyageurs laissent dans le coeur des ardoises.

Tout est redevenu étrangement calme, les fakirs traversent dans les clous (pour te dire). Oui, tout est si calme ce soir, puis-je être ému ?

[Il va de soi que seuls les textes en italiques sont de moi]

vendredi 20 février 2009

♫ Y a plus qu'à espérer qu'on n'arrache pas tous mes pieds ♫

Enfant, jadis ou naguère selon ta conception du temps, je chérissais un livre entre tous, d'une part parce qu'il me venait de l'institutrice (avec une dédicace À une petite élève bien sage, plus fière que moi tu mourais) mais aussi tout simplement parce qu'il était bon. Ce livre s'intitule Tistou les pouces verts.

Je sais pas toi mais moi ça marche jamais ces histoires. J'essaye pourtant. Je fais de mon mieux. Je prends exemple sur monamour qui s'en sort très bien lui. Une fois (disons jadis) il avait planté des carottes sur son balcon. Bon je dis pas qu'elles avaient le goût du terroir, mais le goût de carotte oui un peu quand même et on leur en demandait pas plus. Et plus récemment (naguère quoi) il a planté un noyau d'avocat. Déjà faut avoir l'idée. T'es là avec ta petite cuillère, tu kiffes ton avocat et tu te dis Tiens je vais planter le noyau. Mais admettons. Admettons que l'idée te traverse l'esprit. Après il faut la réaliser. À savoir : se procurer un pot, du terreau...Bref je ne te cache pas que rien que la deuxième étape pour moi c'est hors d'atteinte.

Et cet avocatier il prospère figure-toi. Oui parce qu'il faut te préciser qu'au début il était sur un balcon (le même que pour les carottes), et au bout de deux mois d'hiver rigoureux, monamour s'est dit que peut-être il se caillait les miches (ah bon ? mais qu'est-ce qui te fait penser ça ? il fait que moins 6 hein) et il l'a ramené chez nous. Au vu de ses feuilles noircies et de son allure générale de grand dépressif, je misais sur une espérance de vie plutôt très courte et j'avoue même avoir supputé qu'il était déjà mort, non mais tu te rends pas compte, c'est une plante tropicale ce truc, aucune chance de survivre au climat parisien, il a dû geler en plus, c'est foutu (je suis d'un naturel optimiste oui). Laissons-lui une chance, rétorqua monamour, grand humaniste (les plantes sont des hommes comme les autres). Eh ben il a ressuscité dis donc, ça tient du miracle.

Depuis, chaque jour, monamour l'arrose. Et attends, parfois il lui met de l'eau minérale et même, encore plus fort, les fonds de verres de jus de fruit, et du café et que sais-je encore, j'exagère à peine (à un moment j'ai failli proposer l'engrais naturel tant qu'à faire mais un je ne sais quoi m'a retenue) (la peur que cela lui agrée je pense). Ainsi donc l'avocatier croît et s'épanouit. Très bien.

Mais moi aussi je peux faire pousser des trucs si je veux, me disais-je en tripotant le petit sachet de graines qu'un sympathique agent de la Ratp venait de m'offrir. Oui alors je sais pas pourquoi, il devait sûrement y avoir une raison à cette action promotionnelle, toujours est-il que l'année dernière y avait retour vers la nature...enfin bon pas la jungle non plus hein, il s'agissait juste d'une dizaine de graines de marguerites. Situation idéale : même pas besoin de trouver l'idée puisque la bonne parole m'était apportée de l'extérieur ; quant à la réalisation rien de plus simple, j'avais tout sous la main : l'avocatier ayant été rempoté par monamour suite à son expansion fulgurante, je n'avais qu'à prendre l'ancien pot et le reste de terreau. En plus, continuais-je à me dire, c'est vachement mieux les marguerites parce qu'au moins ça fleurit, pas comme ce con d'avocatier qui fait rien qu'à étendre ses grandes feuilles vertes et qui est pas près de produire des avocats hein feignant ?

Pendant longtemps il ne s'est rien passé. J'arrosais consciencieusement. Monamour me rappelait à l'ordre en cas de relâchement. Je commençais à en avoir plus rien à foutre (je suis d'un naturel patient) quand sont apparues de petites pousses. Quelle émotion. Et puis y en a une, de ces pousses, qui s'est mise à se développer démesurément. Je trouvais ça bizarre mais monamour me rassurait T'inquiète tout va bien. J'insistais en lui disant que quand même ça ressemblait pas trop à des marguerites c't'affaire. Tu me diras : qu'est-ce que tu y connais en marguerites toi ? Rien, d'accord. Et c'est aussi ce que disait monamour Attend que ça fleurisse.

J'attends encore.

Et maintenant tu verrais la gueule que ça tire. T'en trouves dans ton jardin, tu l'arraches direct. Autrement dit, loin d'effeuiller la marguerite, je n'ai donné naissance qu'à de la mauvaise herbe. Ah ben bravo. Cela étant posé, tu peux m'expliquer pourquoi c'est toujours à moi qu'on demande d'arroser ses plantes quand on part en vacances ? Je sais pas arroser les plantes bon sang c'est pas compliqué, jusqu'ici c'est moi la belle plante qu'on arrose, faudrait voir à pas inverser les rôles.

Post scriptum : Que Tistou fasse pousser des fleurs à l'hôpital, sur les barreaux de la prison et autour des canons vendus par Monsieur Père, c'est symbolique, poétique, allégorique. Quand je te raconte que j'ai pas la main verte, c'est moins poétique mais je me rends compte à la relecture que le symbole de la copie qu'on forme est transparent, dès le premier mot.

mardi 6 janvier 2009

♫ Turn around, I'm by the window where the light is ♫




Y a tous les amis, les meilleurs et les autres, qui me payent des coups, qui m'écoutent parler ou me taire.

Y a ceux qui téléphonent matin et soir, alors que parfois on s'est vu dans la journée, pour voir comment ça va depuis tout à l'heure, ah t'as une meilleure voix, allez t'inquiète pas, vas-y pleure un bon coup ça fait du bien, je te rappelle, bisous. Ça dure quoi, deux à trois minutes, juste pour dire on est là, et puis aussi parce qu'ils s'inquiètent. Je les aime bien ceux-là, je les aime bien, vraiment hein.

Mais bon. Quand ils appellent à midi et que je me suis couchée pas longtemps avant, comment te dire, non seulement j'ai la voix éraillée clopes-whisky mais en plus il faut faire genre que j'ai pas la gueule de bois, sinon, je viens de te le dire, ils s'inquiètent. Alors ça va bien maintenant d'accord ? on se calme et on me laisse dormir.

Y a le charmant charmeur chilien, qui se manifeste à pic avec des cadeaux ferroviaires et qui susurre dans un demi-sommeil oh pauvre marmotte mais je serai toujours là moi, ce qui déjà, permets-moi de te le faire remarquer, est faux. Ben oui l'éternité, tout ça, on va pas y revenir. Mais j'aime beaucoup. Après il dessine des nuages sur les murs de mon nouveau quartier, un ici, et un autre juste là, je les vois tous les jours si je veux, mais des fois j'oublie et ça me fait comme une surprise.

Y a mon ami de mail, qui me raconte un peu sa vie et je lui raconte un peu la mienne, on se marre bien même quand c'est pas trop drôle, car mon ami de mail est profondément drôle (et drôlement profond, ça n'empêche pas).

Et puis y a ceux qui viennent ici, autant dire toi quoi, c'est bien aimable et réconfortant.

Comme tu vois je suis bien entourée, ce qui fait que globalement ça va.

Dans le détail je lutte un peu. T'as qu'à voir cette note, franchement c'est flagrant que je lutte. Et il en va de même au taff. Le problème majeur étant de m'extraire du lit le matin. C'est pas nouveau mais là j'atteins des sommets, je suis trop fatiguée tout le temps.

Alors je te vois venir évidemment. Entre l'un qu'on couche dans une fosse, et moi qui fais une fausse couche, y a de quoi avoir du mal à se lever. Certes. Cependant, comme je n'ai pas l'intention de prendre un congé maladie ni des vacances (en tout cas pas tout de suite), il va bien falloir trouver une solution. D'aucuns pourraient pernicieusement insinuer que je bosse déjà à mi-temps vu mes horaires d'arrivée. Mais ceux-là je les emmerde, comme à l'accoutumée. Et je n'ai pas non plus l'intention de réellement passer à temps partiel, même avec un enfant, pour te dire que là y a vraiment aucune raison. Donc pas d'autre possibilité que de se lever le matin, on est bien d'accord.

Alors hier soir je rentre sous la neige, humeur très médiocre, un petit coup d'oeil au nuage dans le recoin, fugace sourire intérieur, attente de l'ascenseur trop longue pour éviter la discussion de bonne année avec la voisine, entrée dans l'appartement. J'hésite à me coucher direct. Ben oui hein, on peut toujours tenter le couchage anticipé. Finalement j'entame une guerre contre les Mongols, ça défoule, ça vide la tête...

Au moment où je me dis que j'ai la flemme de faire chauffer la bonne soupe de légumes bio (surgelée, attends, tu crois quand même pas que je la fais moi-même ?) mais que bon, va bien falloir, arrive Monamour. Pleine d'espoir sur la possibilité, pas d'une île puisque les vacances : voir plus haut, mais d'échapper à la corvée, je m'enquiers :
- T'as acheté quelque chose à manger ?
- J'avais envie qu'on tire les rois alors j'ai acheté une galette...(il est d'une logique implacable)
- ... (j'ai comme l'impression qu'on ne pourra pas échapper à la soupe)
- ...et du champagne et du foie gras
- Ah cool ! Mais pourquoi ?
- Parce que la galette ça se mange avec du champagne, et que le champagne ça se boit avec du foie gras (eh ouais o-bli-gé, c'est mathématique)

Forcément d'un coup la soirée prend une autre tournure, surtout qu'il m'a choisie comme reine, tu te rends compte ? quelle surprise totalement inattendue ! Mais avant il dit Hey mange pas tout le foie gras, il faut qu'il en reste un peu pour demain. Pour demain ? Et en quel honneur ? Comme ça tu pourras en prendre pour ton petit déjeuner. Cet homme sait trouver les mots pour me faire sortir du lit.

vendredi 12 décembre 2008

"Je suis l'ombre longue et lente..."

Mon cousin d'Amérique a débarqué, ça faisait bien vingt ans qu'on ne s'était ni vu ni parlé. Eh ben on s'est reconnu dis donc. En même temps on avait rendez-vous.

En entrée il a voulu tenter la salade landaise à base de canard ou de poulet, qu'importe, et comme il s'étonnait de la gueule du volatile, je lui ai expliqué qu'en fait ce qu'il mangeait, c'était l'inside de la bête (oui ben maintenant je sais dire gésier en anglais, merci), du coup la salade landaise, elle a fini dans mon assiette. Ce qui, franchement, est pas très très rationnel vu que juste avant il disait hum very good. Ces Américains j'te jure.

Après moultes supplications comme quoi il était totalement ridicule qu'il restât à l'hôtel alors que je lui offrais si volontiers l'hospitalité, il a fini par m'honorer de sa présence, le lendemain de ce dîner mémorable où le filet de panga, pourtant sans arête et que tu aurais donné à ton enfant sans crainte qu'il n'étouffât, le filet de panga, disais-je, lui est resté en travers de la gorge. Je commandai une bête pizza quatre fromages et il se régala.

Par ailleurs monamour (ah oui au fait on se sépare plus) et moi nous l'interrogeâmes sur son pays et quand je lui demandai comment faisaient les pauvres pour se loger, il répondit qu'ils louaient des apparts dans le genre du mien. À l'analyse il se pourrait que sa vision biaisée des pauvres soit la conséquence du montant de son salaire mensuel net, assieds-toi sur un truc solide genre en acier voilà, si si j'insiste assieds-toi, merci : il gagne dix mille dollars par mois. Bien qu'il ne l'ait pas dit, la France a dû lui apparaître comme une sorte de Roumanie façon URSS où les gens roulent dans des voitures qui ont plus de trois ans (délire !) et n'ont pas une salle de bain par chambre (ben en fait si car souvent ils n'ont qu'une chambre). Pour alimenter le cliché, figure-toi qu'il fait du surf et du snowboard et qu'il se sent plus à l'aise dans un avion que dans un train.

Mais sinon je l'aime et j'oublie pas que c'est ensemble que nous connûmes nos premiers émois sexuels, vers 6-7 ans, sur un lit de camp bancal, en plein après-midi mais on avait fermé les volets rapport à la canicule. Dans cette pénombre propice on jouait comme des enfants au papa et à la maman. Je te conseille d'ailleurs d'aller voir Sombreros de Philippe Découflé, c'est spectaculaire et en plus y a le président de Groland.

mardi 25 novembre 2008

♫ Then love, love will tear us apart again ♫

Bon tu n'aimes pas Cali, soit. Mais moi non plus tu sais. Sauf cette chanson que j'écoutais sur les routes du sud. Le reste m'a beaucoup déçue. Peu importe. Ce que je voulais te dire par là, c'est que monamour et moi avons résolu notre désaccord de fond en décidant, d'un commun accord, de nous séparer.

Affliction, détresse et désolation. Une matinée au lit, à tourner le problème dans tous les sens. Misère, douleur et chagrin. Aucune issue viable. Tourment, désespoir et déchirement. Une seule solution, la séparation.

C'est une décision logique, rationnelle, prise de sang froid. Une date est même fixée pour la fin de la cohabitation. L'après-midi de ce jour marqué du sceau de l'atrocité (bon ça va aller les synonymes là ?), chacun va pleurer de son côté dans des bras hospitaliers et bienveillants.

Vient le soir, un soir genre sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille, un soir de fusion amoureuse pour oublier qu'on va en chier sévère.

Un soir comme tous les soirs suivants. Comme si de rien n'était. On convient quand même qu'il va falloir en reparler un de ces quatre. Oui bien sûr, un de ces quatre. En attendant, comme si de rien n'était je te dis.

Alors du coup je sais pas. Ou plutôt si, je ne sais que deux choses, c'est que je ne sais rien et qu'on veut pas se séparer.

mercredi 5 novembre 2008

Je vais mal, ne t'en fais pas

Ah t'as vu comme ça dramatise dès le titre...Ben oui écoute, tu m'as rien demandé mais je te le dis quand même. Et je t'aime pas particulièrement en ce moment, je suis pas en phase. Ça n'a rien à voir avec le charmant charmeur chilien qui, à l'heure où je te cause, arpente nu-pieds la terre de ses ancêtres. Non faut plutôt chercher du côté de monamour. On a un (ou plusieurs si ça se trouve mais j'en ai surtout un en tête) désaccord de fond qui m'embrume le cerveau. J'en suis pas encore à pas me lever le matin, quand même pas, mais c'est bien parce que je me noie dans le travail (symptôme dépressif manifeste). Si j'arrête je pleure, du coup j'arrête pas. Tu me diras fut un temps je me serais noyée dans des liquides plus liquoreux, y a de l'évolution. Ça n'empêche pas que c'est le bordel à l'intérieur, je suis comme dans un chapitre du Da Vinci Claude tu vois. Je dirais même plus, j'suis dans un état proche de l'Ohio. C'est de circonstance, certes. Mais j'en ai malgré tout pas grand chose à faire. Non parce que les élections américaines, c'est bien gentil mais ils avaient le choix entre deux mecs de droite hein je te signale, blanc bonnet et bonnet blanc...Oui bon d'accord y en a un qu'est noir, d'accord. Y en a même qui pensent qu'avec l'élection qui casse la baraque les choses vont aller mieux dans le monde. On peut croire en dieu aussi dans le genre, c'est pas mal non plus. Et puis on se laisse prendre au jeu, on mise sur un canasson, ça court vite les Éthiopiens à ce qui paraît, ah non il est kényan, au temps pour moi, non mais je comprends, c'est prenant ce genre de grand spectacle, on se passionne ! Tiens quand t'auras fini, si t'es en manque, tu peux toujours aller à la Mutualité demain, y a Olivier qui s'appliquera à t'insuffler une nouvelle passion. Non mais laisse tomber va, c'est la dépression.

jeudi 4 septembre 2008

Best hier

Il faut te dire aussi que le bled où on logeait, il apparaît pas sur la carte, même quand tu zoomes très gros, c'est un peu la jungle le truc, mais façon champs de tournesols tu vois. Ce qui fait que certains ont réussi à ne pas sortir de tout le séjour, préférant profiter de notre domaine vaste mais clos (sauf le soir où on est allé au resto gastronomique, ah là tout de suite c'est motivant), tandis que d'autres (dont j'étais) ne perdaient pas une occasion d'explorer la région, tels des aventuriers sans peur et sans reproche.

La première sortie je l'ai faite en solitaire, de bon matin (séquelles de chemins de fer perturbateurs de sommeil). Le village le plus proche, à savoir celui où tu trouves autre chose qu'une église (un ou deux commerces par exemple) (mais pas trois) et donc celui où tu peux te ravitailler, se trouvait à deux kilomètres. Une promenade de santé hein. Sauf que la côte elle était comme ça (ouais comme ça) alors autant te dire que jamais de la vie j'y suis allée en vélo.

Pourtant y avait des obstacles en la personne de chiens de garde, de bons gros molosses qui rendaient superflue toute pancarte informative sur leur degré de méchanceté. Pour ne jamais se trouver du côté où ça aboie, ça nécessitait des ruses de sioux. T'aurais dit une poivrote qui zigzaguait alors que pas du tout, j'évitais les pièges en faisant semblant que même pas peur.

Après y avait les vaches, et là tu te dis c'est tout cool une vache. Oui c'est tout paisible. Mais quand tu croises son regard bovin et placide, tu peux pas t'empêcher de penser : Eh ben ? c'est tout ce que je t'inspire ? Pas facile à admettre mais il faut bien s'y résoudre : la vache, c'est pas hyper narcissisant.

Suite à ce parcours digne du combattant, tu arrivais au village accueillie par une brochette de vieillards en attente de l'ouverture du PMU. Oui alors va savoir pourquoi le PMU il faisait sa feignasse. Par contre les vieillards ils étaient déjà bourrés.

Et puis tu redescendais (c'est l'avantage des côtes) les bras chargés de viennoiseries et de kilos de pain.

Sinon y avait les marchés comme activité de plein air. Un peu traître sur les bords quand même, vu que t'avais beau changer de villages, les stands et les marchands restaient les mêmes, ce qui fait qu'à force on se connaissait bien. Je te conseille fortement la courgette-trompette et la tomate coeur-de-boeuf qui essayent de se camoufler pour faire croire qu'elles sont pas trop comestibles mais en fait c'est une tuerie au sens propre : après tu peux plus manger de légumes sans goût (qui pourtant se ramassent à la pelle) et sachant que t'es censé en consommer au moins cinq par jour t'es mal barré.

Tu l'auras noté, on est sorti, certes, mais fallait que ça soit lié à la sainte triade du B dont je t'ai déjà causé. Là je t'ai fait, en partie, la bouffe. Le boire ben ça pouvait se faire aussi sur les marchés et je te prie de croire que la dégustation d'armagnac à 10 du mat, ça laisse des souvenirs indélébiles. Ou alors la soirée disco quand y avait la teuf au village, on y est allé entre filles et le patron du PMU voulait nous offrir un coup. Bon très franchement on n'a pas entendu beaucoup de disco. Mais on a dansé quand même parce que la bière était pas chère (si si y a un rapport).

Quant à la baise, elle a bien failli n'avoir jamais lieu. C'eût été dommage n'est-il pas ? Mais viens que je t'explique : le soir où je suis allée chercher monamour à la gare, en voiture, vers minuit-une heure (monamour a toujours le bon goût de faciliter les choses par un esprit pratique très développé, par exemple une arrivée au milieu de la nuit alors que je te rappelle qu'on avait acheté une caisse d'armagnac sur le dernier marché), tandis que je devisais gaiement avec la mère de Bienvenue (qui avait eu l'amabilité de m'accompagner dans ce périple pendant que d'autres prenaient un bain de minuit dans la piscine illuminée, tu vois l'esprit de solidarité), voilà ty pas qu'une biche me passe devant sans crier gare. Tu visualises le panneau ?





eh ben exactement pareil. J'en ai eu quelques palpitations. Heureusement nous avons, elle comme moi, évité la collision (moi en écrasant la pédale de frein, elle en continuant sur sa lancée comme si de rien n'était, même pas un remerciement pour lui avoir cédé le passage, ces animaux sont pas très urbains je trouve).

Mais attends c'est pas fini. La biche, qu'elle arrive sans crier gare, ça paraît plutôt normal. Par contre une ville dont les panneaux t'indiquent le centre, même pas ville, mais médical, tous les dix mètres, sans jamais te donner le moindre indice de l'emplacement approximatif de la gare, excuse-moi ça agace un peu. On a donc bien repéré le centre médical, pas de souci, pour le reste il a fallu consulter un plan municipal. Bon jusque là passe encore.

Mais quand tu te rends compte que la gare se trouve en fait dans la ville d'après mais qu'elle porte le nom de la ville d'avant...oui oui je t'assure, c'est un peu comme si tu étais à la gare de Marseille mais dans la ville de Toulon (toutes choses égales par ailleurs)...eh ben je te prie de croire que tu te demandes si tu fais pas un delirium tremens où les éléphants roses se travestiraient en biche.