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lundi 27 août 2007

Saison 1, épisode 102/102

Normalement je devrais pas. Selon les nouvelles règles, je devrais pas. Disons que ce sera l'exception qui les confirme. Parce que là ça ressemble trop à l'épilogue d'une série TV pour que je ne m'autorise pas une petite entorse au règlement, en plus ça parle de fracture.

Samedi dans un bar du quartier, mais un où on va jamais, c'est l'anniversaire de ma copine ex-serveuse du nouveau bar. Mon pote et moi on arrive bien chaud, juste au moment de la bouffe. Nickel, la session apéritive ayant fait son office, je crève la dalle. Et puis le gars qui a mitonné tout ça a assuré, j'aurais bien repris une assiette à la place de la part de gâteau. Mais bon on s'adapte, buvons une bière.

Arrive le gars à la guitare. Pas invité. Par hasard. Depuis le voyage sur la terre de mes ancêtres, j'avais comme qui dirait pas donné suite. On s'était bien croisé sur le boulevard début juillet, et on avait bu des coups mais rien de plus. Et d'ailleurs, maintenant que j'y pense, ce même jour, en terrasse, était également venu s'attabler une personne avec qui j'avais fini la soirée, avec qui on en avait pas seulement bus, on en avait aussi tirés, tu suis ?

Bref ç'aurait pu me mettre la puce à l'oreille car voilà que quelques instants plus tard arrive, toujours pas invité, toujours par hasard, le charmant charmeur chilien. T'avoueras quand même que bon hein ça s'invente pas.

Je me retrouve donc sur la banquette, en face mon pote, de part et d'autre de moi-même, m'encadrant bien serrée, les deux susnommés, à gauche le charmant, à droite la guitare. Une situation comme on les aime, une position confortable, tavernier la même chose.

La gestion du gars à la guitare se fait tout en douceur, tu vas voir.

- Dis Ada, quand est-ce que tu me rends mon livre ? (Pirates et empereurs : le terrorisme international dans le monde actuel, Noam Chomsky)

- Ah oui c'est vrai, ben si tu veux je peux aller le chercher maintenant...

- Oh oui. Oui oui. Mais est-ce que ton nouveau fiancé va te laisser me le rendre ?

- ...Ben oui évidemment.

Là je me dis oh putain les nouvelles vont vite, car quelques jours auparavant, j'ai moi-même fêté mon anniversaire (85 ans) au nouveau bar, c'était aussi une espèce de soirée d'adieu au quartier et j'ai annoncé officiellement mon emménagement prochain avec monamour. Mais c'est pas de ça que me cause le gars à la guitare, j'y suis pas du tout. En fait il est persuadé que mon pote est le nouvel élu. Raté. Et que je l'invite à venir récupérer son livre dans mon pieu. Encore raté. Non mais je parle pas français ou quoi ?

- Dis Ada, tu voudrais pas me caresser la tête ?

- Non.

Précisons que pendant ce temps, de ma gauche, me parviennent des frôlements auxquels je ne réponds pas mais que je ne fais pas cesser.

- Dis Ada, tu voudrais pas me rouler un palot ?

- Non.

- Tu voudras plus jamais me rouler un palot ?

- Non, plus jamais.

Et voilà, exit le gars à la guitare.

Le côté gauche en profite pour se rapprocher encore plus si possible. Et de demander à mon pote : "Ça t'ennuie pas si on sort deux minutes Ada et moi, ça fait longtemps qu'on s'est pas vu, et j'ai une question à lui poser". Je me dis que c'est rapport au blog, vu que, selon son désir, je lui avais passé la plupart des notes le concernant. Il a trouvé ça vachement bien (tu m'étonnes, ça cause de lui, ça l'intéresse), vachement drôle, il a aimé les commentaires aussi et il veut que ça soit publié. Ben voyons. Mais c'est quoi la question ? Nous nous trouvons présentement dans l'encoignure d'une porte et tu te doute bien que y a pas de question hein évidemment y a pas de question, où ai-je la tête ? ah dans son cou t'es sûr ? Mais non, pas d'accord, pas d'accord du tout, que vient faire cette langue dans ma bouche ? je peux savoir ? Dans l'optique de nous offrir une session cage d'escalier, il tente un coup de poker en composant des numéros au hasard sur le digicode. Il va demander au serveur s'il connaît la combinaison. Non. Je préfère.

Quand on retourne dans le bar mon pote est sur le point de se barrer. Ça doit faire longtemps qu'on a disparu. Il reste boire des coups tandis que sous la table se déroulent des manoeuvres et manipulations à caractère excitatoire. Et puis je dis que je vais rentrer, que je vais pas les attendre. Alors le charmant sort du bar et attend que je dise au revoir à tout le monde. Je traîne. Il attend. Ça sert à rien, je suis déterminée à ce que ça serve à rien. Sur le chemin, je luis dis qu'on va pas passer notre vie à se dire au revoir. Oh ben lui il y verrait pas d'inconvénients hein. Mais moi si. Moi je déménage là, avec monamour. On se serre fort. Quand tu penses qu'il suffit d'une peau un peu trop douce pour basculer. Le charmant veut des bisous, des vrais. Mon dernier mot est Non. Et je remonte la rue.

Lui son dernier mot, c'était un SMS : Pötchõ pötchØ ?!

vendredi 11 mai 2007

♫ Who knows what you'll see, who you might meet ♫

Bon écoute, ce que je te propose, c'est qu'on fasse un bilan provisoire, en passant en revue ces personnages si attachants que tu rencontres par ici. Comme ça moi je vois à peu près où j'en suis, et toi tu pourras plus dire que tu les connais pas, et tout le monde il est content.

Le gars à la guitare (plan cul) (oui je te mets des repères entre parenthèses). Ce qui est marrant avec lui, c'est que jamais on se croise dans le quartier. À se demander s'il sort de chez lui. Je lui ai envoyé une carte postale de la terre de mes ancêtres et depuis j'y ai pas trop pensé. Dernier SMS reçu : aucune idée, j'ai pas conservé.

La grande dame (copine). Alors elle, les relations sont distendues, pour ne pas dire aléatoires. Le tai chi, on a un peu laissé tomber depuis qu'elle a rencontré un prof qui révolutionne sa pratique. Du coup elle est en plein apprentissage et faut que j'attende qu'elle soit prête. Dernier SMS reçu, 10 mai 2007, 20h52 Hello ! vernissage demain soir chez xxx...Bisou.

Ma copine la serveuse (copine). N'est plus serveuse au nouveau bar depuis le début de l'année car elle a du taff intéressant maintenant. Dernier SMS reçu, 6 avril 2007, 20h, Coucou, je vais passer dans ton quartier, si tu veux prendre un verre...Bon là j'ai honte parce que j'ai pas pu répondre dans la foulée et après j'ai zappé. Ne pas oublier donc : la rappeler urgemment. Phénix (copain). On n'arrête pas de se croiser dans la rue. Logique, il passe son temps à arpenter le quartier, en parfait bobo. Peut-être bientôt il va jouer aux boules, qui sait...Toujours avec sa nouvelle copine. Dernier SMS reçu, 29 avril 2007, 18h, Je te vois (du haut de son balcon)

Mon pote le serveur (copain). Est toujours serveur au bar en bas. Se creuse la cervelle pour savoir ce qu'il en est de moi et du charmant charmeur chilien. Reste sur sa faim mais compte sur la rumeur du quartier (pas plus informé) pour se tenir au jus. Je serais pas surprise qu'il milite dans l'ombren pour la rupture (alors que d'une part, c'est déjà fait ; d'autre part, mais qu'est-ce que ça peut bien lui foutre ?)

Canada Dry (plan cul). Appelle régulièrement bien que je ne réponde jamais. Ça m'épate. Parce que bon, un plan cul, au bout d'un moment, sans se voir je veux dire (et là j'estime que 12 mois environ, objectivement ça commence à faire), c'est périmé. Mais non, le gars y croit encore.

Le mystérieux inconnu (simple association d'idée, je comptais pas t'en parler) (plan cul pas testé). A fini par comprendre que y avait pas moyen. A passé récemment une soirée avec monamour, sans que ce dernier connaisse sa véritable identité (non mais on se croirait pas trop dans un film de capes et d'épées ?)

Le gosse beau (super plan cul). Le dernier SMS reçu n'a pas été conservé mais disait en substance Dommage. Seul plan cul non périssable à mon goût. au gré de vacances synchro, qui sait...

Mon pote (ami). A trouvé du taff moyennement intéressant. Est officiellement célibataire mais revoit régulièrement son ex, la voisine du charmant. À part qu'ils baisent pas, ça se voit pas que c'est son ex. Ça évolue très vite, je ne peux pas t'en dire plus ayant moi-même du mal à suivre. Dernier SMS reçu, 10 mai 2007, 18h34, P'tit apéro camarade ? Sinon dès qu'on se retrouve dans un local privé, soit chez lui, soit chez moi (mais on s'adapte aussi très bien chez les autres), on se met à chanter les Bérus, tout va bien.

Le charmant charmeur chilien (ex). Derniers SMS reçus, 10 mai 2007, Kwooaaa kwoO ?! (En pingouin ça ve dire comen vas tu ?) Oh tu fais vachement bien l'accent pingouin...Ça va et toi ? Ça va ! Jsors dma douche ! jvé à une soirée hype à xxx. Jsui à 300 à leur en ce moment ! (rien qu'à lire ça, j'ai le goût de la cocaïne dans la gorge). 11 mai 2007, 5h47, Le jour se lève à peine...Ça me ferait plaisir de partager cette matinée avec toi ! 8h11 Je rêve de re voir arriver ! Dors-tu encore ? Pars-tu au taf ? Veux-tu...? Et voilà, on n'est pas séparé depuis 5 minutes qu'on est déjà de parfaits étrangers l'un à l'autre...non mais franchement comment peut-il s'imaginer que je pars taffer à 8h du matin ?

Le pingouin (animal de la réconciliation). N'a rien à déclarer en ce moment, sinon tu penses bien qu'il se priverait pas.

Le Chanteur (plan cul pas testé et copain). Toujours invaincu à ce jeu stupide. Dernier SMS reçu, 6 mai 2007, 20h42, Coucou, un scrabble ma belle ? Ne manifeste aucune impatience, tout en espérant arriver à ses fins un jour ou l'autre.

Monamour (comme le nom l'indique). Est beau, drôle, intelligent, comme d'hab. Dernier SMS reçu, 10 mai 2007, 21h12, Je pars maintenant, j'arrive ds 25 mn mon xxx (petit surnom doux intime et secret)

La collègue kabyle (collègue). T'en fais pas, elle a survécu. Son mari voulait m'offrir un bouquet de fleurs. Elle lui a plutôt suggéré une bouteille de sky. Et voilà.

Oh moi tu sais, y a pas grand chose à dire de neuf à mon âge. Ah si tiens, depuis mon angine blanche j'ai pas fumé.

vendredi 5 janvier 2007

♫ Ça fait crac, ça fait pschtt ♫

Fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis, forcément tu connais. Cet Ada-je fonctionne très bien sur moi. Mais pas que.

La dernière fois, chez le charmant charmeur chilien, je reçois trois coups de fil à l'enchaîné. Primo, mon pote, ça c'est facile : je passe la soirée avec le charmant, à plus. Secundo, le gars à la guitare, ça se gère pas trop mal : non pas ce soir. Tertio, monamour, là faut assurer : oui je suis chez moi (regard amusé du charmant) (eh ben oui prise en flag de mensonge éhonté) mais c'est mieux demain.

Le charmant est admiratif devant le nombre de mes prétendants : non ! ne me dis pas qu'il s'agit de deux mecs différents !? c'est le même qui a appelé deux fois ! Eh non mon ami, y en a bien deux. Pas possible !? Dis donc, qu'est-ce que t'assures toi ! Mmm, j'aurais pas dit ça comme ça, mais pourquoi pas, oui, j'assure, admettons.

La soirée se déroule tant bien que mal. Faut dire que j'ai atteint des sommets dans l'éloignement, ce qui m'est gentiment reproché. On fait l'amour presque violemment, comme s'il voulait me faire mal.

Le surlendemain : Coucou ! Tu pars kan ? Jespère kon pourra svoir avant ktu partes ?! Le charmant s'inquiète de mon voyage sur la terre de mes ancêtres. Puis : Bip moi kan tu ve kon svoa. Ta un emploi du temps plu chargé ke moi. A tré vite ! Tu apprécieras l'allusion quasi neutre, genre constat sans appel mais sans jugement non plus, au fait que je sois prise (c'est le cas de le dire). Moi, si ça t'ennuie pas, je me penche plus sur l'urgence impatiente de la formule finale. Il voudrait conserver une petite place que ça m'étonnerait pas...

Le problème c'est que monamour a pris du poids (que veux-tu, c'est les fêtes) (ouais trop la teuf !). Et même si, me connaissant, les bavures et dérapages restent encore possibles...je vais m'efforcer d'être fidèle (oui ben c'est bon hein, tu peux arrêter de ricaner...des fois j'arrive à l'heure au taff et des fois je suis fidèle. Si). Alors pendant que tu sais qui a conquis de haute lutte sa place sur la première marche du podium (et on l'appaludit bien fort), le charmant s'éveille un peu inquiet tandis que le gars à la guitare se renseigne : Tu dors ?

mardi 2 janvier 2007

Tu voeux ou tu voeux pas ?

Samedi 30 décembre 2006, 17h30. Alors que j'erre dans les rues du quartier, la gueule de bois en bandoulière, en quête de provisions pour le réveillon du lendemain, une ombre me frôle : c'est le gars à la guitare. Quelle surprise ! (ouais on est voisin, et alors ? On peut bien être surpris par les choses prévisibles hein, c'est encore un droit). Pour fêter ça, nous buvons une bière au nouveau bar. Extrait choisi :

Ada : Tu aimes Proust ?

Gars à la guitare : Non.

Ada : Pourquoi ?

Gars à la guitare : J'aime pas les madeleines.

Ada : Mais y a pas que ça dans Proust.

Gars à la guitare : Ouais mais ça gâche tout...

Je ris. Il émaille son discours de Bonne année répétés. Trop tôt.

Dimanche 31 décembre, 19h30. Le téléphone sonne.

Ma copine la serveuse : Ada, excuse-moi de te déranger, tu sais que le charmant chilien doit animer la soirée ? Eh ben il est toujours pas là...On commence à s'inquiéter. Tu pourrais me donner son numéro ?

Un peu plus tard je passe en coup de vent trinquer avec les camarades. Le charmant débarque avec ses platines, l'air très fatigué. On échange quelques mots et je trace.

Lundi 1er janvier 2007, 2h49 : Jte souhaite plein dboneur pr cét nouvelle année ! Plein d'amour ! Tu occupes une place importante dans mon coeur...Cela ma peiné dte croizé kom ça tou a leur. Je ne savé pa ktu été là (il me croyait en vacances). Tu ma manké. Jimagine ke tu doa être akompagné. Ke ta nuit soit douce. Mé si té seul kom moi, ça me fré plaisir ktu passes me voir. Trop tard.

Dimanche 31 décembre 2006, 15h30. Téléphone :

Ex-monamour : Avant qu'on aille faire la teuf chez XXX, tu es chaudement attendue chez mes parents pour l'apéro, et même pour dîner si tu veux.

Ada (ouais trop cool youpi !) : Ok.

Lundi 1er janvier 2007, 0h30, devant le digicode de XXX (attention Ada balance ce qu'elle a sur le coeur) (et crois-moi que j'ai le trac...Mais bon je me lance, advienne que pourra) :

Ada : Je suis contente de commencer cette année avec toi, c'est important pour moi. Parce que moi, ce que je veux, c'est être avec toi, tu comprends ? Tant pis si je me plante. C'est toi que j'aime.

Je le regarde bien dans les yeux et je m'attends à ce qu'il se mette à sprinter en criant Au secours ! Souviens-toi que ça fait plusieurs mois qu'on joue au chat et à la souris, en alternant les rôles histoire de pas s'ennuyer. Alors ce genre de déclaration, je m'en abstenais forcément. Et puis là, allez, prise de risque, j'avance à découvert.

Ex-monamour : Crois-tu que je t'aurais invitée dans ma famille si je ne t'aimais pas ? Ne t'inquiète pas ma mignonne.

Je voudrais pas trop m'avancer mais j'ai bien l'impression qu'à ce moment très précis on est synchro.

vendredi 29 décembre 2006

♫ Sa turne a l'air habitée alors qu'on sait que personne n'y vit, à qui se fier ♫

Tu sais quoi ? Je vais profiter que tout le monde soit par monts et par vaux, genre personne a le temps de lire, pour te raconter un truc pas vraiment intéressant, voire carrément soporifique. Eh ouais que veux-tu, moi aussi je me cantonne aux faits divers.

Je suis tranquillement au taff, en train de virer les derniers usagers, il est environ 19h56 et je reçois un SMS du gars à la guitare : T où ? Un peu abrupt comme entrée en matière, d'autant qu'on s'est ni vu ni contacté depuis une bonne semaine, mais bon, c'est aussi ça le texto, on s'embarrasse pas avec les formules de politesse. En toute logique je réponds : Au taf !

Je peux dormir chez toi ? Ah v'là autre chose. Faut savoir que le gars à la guitare héberge actuellement de la famille, fêtes obligent. Par conséquent nous étions convenus de nous revoir éventuellement (perso j'étais pas pressée) l'année prochaine. Il se manifeste plus tôt que prévu. Oui mais ce soir j'ai rv avec un ami. C'est pas du tout une esquive, juste la simple vérité. Tard ? Kan ? Eh oh, ça va aller là ? Je minute pas mes soirées j'te signale. Ben justement je sais pas trop, dis-moi jusqu'à quelle heure je peux te biper. Pas de réponse.

Au nouveau bar je retrouve mon pote. On se raconte les derniers événements (il a bouffé du chevreuil, moi du chapon) (fait divers on t'a dit). C'est un peu le désert (même dans le métro c'est le désert pour te dire...Moi je suis en perte totale de repères, déjà que j'en avais pas beaucoup...et boum, plus moyen de différencier une heure de pointe d'une heure creuse, comment tu veux t'y retrouver ?) alors ma copine la serveuse accepte les verres qu'on lui offre.

Puis le gars à la guitare appelle (tu vas voir le vieux coup de pression qu'il essaye de me mettre) (si encore c'était de la bière) :

- Alors je peux vraiment dormir chez toi ? Il faut que tu me le dises maintenant sinon je vais à l'hôtel.

- Ah ouais, à l'hôtel ? c'est quoi le problème ? t'es à la rue ?

- Oui je suis à la rue.

- Non mais sérieux ?

- Sérieux.

- Arrête ton char. Il me semble bien que tu possèdes un appartement dans la rue X...

- Bon ben je vais à l'hôtel alors...

- Écoute, comme je te disais, je suis avec mon pote, je vais pas le planter là, on se retrouve plus tard.

- Oui mais pas trop tard hein ?

- Non pas trop tard, je te rappelle quand je bouge.

- Et pourquoi tu viendrais pas me rejoindre avec ton pote ?

- Oui pourquoi pas ? faut d'abord que je lui en parle et je te rappelle plus tard.

- D'accord mais dans une heure au plus tard.

- T'sais que t'es chiant comme mec ? ok je te rappelle dans une heure.

- Non non, plutôt une demi-heure.

- En fait t'es pas chiant, t'es super chiant.

Le gars à la guitare est dans un bar situé de l'autre côté du boulevard. Mais il ignore où je me trouve (bien qu'avec un minimum de perspicacité, ce soit pas dur à deviner). Mon pote a moyennement envie de migrer. Idem pour moi.

40 minutes plus tard , le gars à la guitare rappelle (oui bon ok, je suis à la bourre de 10 minutes).

- Alors ?

- Eh ben après réflexion, t'as qu'à venir toi, on est au nouveau bar.

Il arrive et j'essaye de savoir pourquoi il est à la rue. Y a une teuf chez toi et t'es pas invité ? Il rit pour ne pas avoir à éclaircir le mystère. Il s'inquiète plutôt de savoir si mon pote et moi sommes amants. Eh non ! on est amis. L'amitié garçon-fille, t'y crois t'y crois pas, moi je m'en fous je me contente de la vivre. Ça papote. Ça blablate.

Il finit par me dire : en fait je suis pas à la rue mais j'avais envie de te voir. Mouais. Et pourquoi il le dit pas direct ? C'est le genre de truc que je ne comprends pas. Parce que du coup, j'étais tellement dans l'idée qu'il se retrouve en galère que ça m'a empêchée de me demander si moi j'en avais vraiment envie.

Puis on rentre chez moi. Et on dort. Ben ouais, c'était ça le deal non ?

vendredi 15 décembre 2006

O tempora, o mores

Bon, faut instaurer un roulement sinon je vais pas m'en sortir...

Sachant qu'il y a 3 hommes en lice (si au moins y en avait un marié, qui maîtriserait un peu l'auto-gestion tu vois...mais non), 2 séances d'analyse et 1 cours de chorale-langue vivante hebdomadaires, des amis à ne pas négliger, et (si c'est pas trop demander) un peu de temps pour moi seule...on peut affirmer que le planning est serré-serré. Voici ce que ça donne :

Lundi. Cours de tu sais quoi. Puis soirée ex-monamour chez moi, partiellement partagée avec mon pote (c'est pratique, ça fait deux en un). Pour tout te dire mon pote tape un peu l'incruste pour me faire comprendre que c'est pas bon pour ma santé. Mais il finit par nous laisser seuls après une tentative ratée de détournement (et si on allait boire un coup dehors ?). Assez tard, coup de fil du gars à la guitare qui sort d'une répèt. Ben oui mais non.

Mardi. Séance d'analyse. Puis soirée théâtre avec les amis. Je t'en ai vaguement parlé. Le troublant de l'affaire, c'est que Jérôme Deschamps a le même jeu (gestuelle, voix, tout tout tout) que François Morel. Alors qui de la poule ou de l'oeuf...?

Mercredi. Sortie très tardive du taff. On dirait bien que l'opération Ponctualité du travailleur a pris fin jusqu'à nouvel ordre (et vu le bordel...tu m'as compris). Chaque fois que j'ai l'opportunité de rattraper le temps perdu, l'heure de l'apéro a largement sonné que je suis encore en train de gagner ma vie. Puis soirée charmant charmeur chilien, en partie au nouveau bar, où je rencontre un petit vieil homme eurasien qui me chante des chansons dans la langue de mes ancêtres. Coup de fil du gars à la guitare. Ben oui mais toujours non.

Jeudi. Séance d'analyse. Puis soirée gars à la guitare (tout vient à point à qui sait attendre). J'écoute la musique qu'il fait lui-même avec ses doigts et sa voix.

Jusque là j'assure hein. Et pourtant l'organisation c'est pas mon truc. Ce qui me facilite grandement la vie, c'est la transparence (appelle-moi Gorby).

D'un naturel curieux et en dépit de me réticences premières, ex-monamour tient à être au courant assez précisément. Ça m'évite de mentir, c'est formidable. Le charmant, depuis la prise de distance, ne sait pas exactement ce qu'il en est, mais il n'ignore pas qu'il s'en passe des vertes et des pas mûres. Le gars à la guitare est averti, depuis le départ, que ça va être dur de se faire une place...on frôle la saturation et en cas d'accident les assurances voudront pas rembourser.

Si je me pose deux minutes, il m'apparaît clairement que tout cela relève de la folie furieuse (quoique douce quand même). Sans vouloir dramatiser à outrance ni rien, il va sans dire que le problème majeur là-dedans, c'est que le jour est proche où, malgré toute ma bonne volonté, j'aurai plus le temps de m'occuper de toi.

Allez pleure, ça soulage.

lundi 11 décembre 2006

♫ Mes bras mesurent la distance ♫

Contrairement à ce que j'ai pu imaginer, le gars à la guitare est un homme (non ça j'avais vu, merci) tout ce qu'il y a de socialement intégré, d'affectivement équilibré, de sexuellement satisfait. Tant mieux.

Dans le bar, un barman accueillant (faut faire comme chez soi) est occupé à ranger car il se fait tard ; du coup le gars à la guitare passe derrière le comptoir pour servir moultes pressions à la compagnie. Le fonds sonore est carrément exceptionnel, je veux dire c'est pas tous les jours que t'entends Johnny Thunders ♫ born to lose ! ♫

Je rencontre ses amis musiciens et comédiens (les intermittences du spectacle n'empêchent pas la permanence de l'artiste). On m'offre une rose. Il m'informe : alors lui, il fait une fixette sur les Asiates. Bon. Mais surtout sur les Japonaises. Ah, ouf. Et l'autre là, tu le rembarres d'accord ? Il faut pas lui parler, il est trop con ; tu peux coucher avec tous les autres sauf lui...Eh ben voilà des paroles qui me font rire.

Un peu plus tard, un peu plus loin, quelqu'un nous fait goûter la prune de sa grand-mère. Rapidement tout le monde est bien bourré, le gars à la guitare veut m'entraîner sur la mezzanine, mais t'es pas bien ? on est chez tes potes, souviens-toi. Bon alors on rentre. Ok. Mais tu dors chez moi. Après d'âpres négociations, je finis par m'incliner. Au réveil, les croissants c'est moi qui m'y colle. Petit déjeuner paisible. Puis je trace.

Dit comme ça, on pourrait croire que ça roule. Mmm. Sauf que non. Tu vas dire que je suis jamais contente, que je fais rien qu'à me plaindre...dis ce que tu veux, t'as encore ta liberté d'expression et de pensée, te gêne surtout pas, de toute façon je t'explique quand même.

Le coup de dormir chez lui d'abord. Depuis le départ il ne cesse de me dire que c'est très important. Et je suis bien d'accord, pourquoi tu crois que je veux pas le faire, gros malin ? Et crois-moi que ça me coûte de me rhabiller au milieu de la nuit pour traverser le boulevard et rejoindre mon lit...parfois il pleut, parfois il fait froid, parfois il fait jour...ça me coûte. Mon maître-mot c'est distance. On fait l'amour et pleins de trucs sympas et après je rentre. Bon vendredi je me suis fait avoir, comme t'as vu. Ça va que le lendemain y avait pas école (non parce que si en plus je fous en l'air mes principes de base...). Mais c'est pas près de se renouveler.

Le gars à la guitare, lui, s'escrime à me démontrer combien c'est chouette chouette chouette de dormir dans la chaleur de l'autre, de se réveiller sous ses caresses tout ça. Mais bien sûr que je le sais, eh gamin, tu crois tout de même pas que tu vas m'apprendre la vie ?

Ensuite le coup de l'intelligence. Depuis le premier soir (je croyais que ça existait pas les filles intelligentes, dérision faussement mysogine) il arrête pas de me dire que je suis trop intelligente. Alors que bon, je vois pas comment il en arrive là. Non mais sérieux hein, toi tu le sais que j'ai une intelligence hors du commun, à force, mais lui il me connaît pas tant que ça.

Et je ne peux pas croire que ça s'origine dans le fait que, alors que sa télé me demande Quel adjectif désigne ce qui se trouve au bord d'un lac, il m'entende, du fond de sa baignoire, répondre lacustre (oui je parle à la télé. Et j'aime regarder les pubs. Mais j'ai pas de télé, c'est pour ça aussi)...non je ne peux m'y résoudre (bon ben reprends la phrase du début, moi j'ai pas le temps). Et puis merde il est pas spécialement con non plus, y a qu' voir sa culture de grand voyageur, sans compter la générale dont il est plutôt bien pourvu.

Je te passe les réflexion sur mes divers attraits physiques sinon on s'en sort plus (y en a trop) (l'humilité est ma principale qualité. Après la modestie) (il fallait que ce soit dit).

Donc j'en déduis qu'il est amoureux. En même temps j'ai pas grand mérite, vu que ça aussi il arrête pas de le dire. Et non seulement il est amoureux, mais il voudrait que ce soit réciproque...j'te jure, les hommes ont de ces exigences de nos jours. Comme si la volonté avait quelque chose à voir là-dedans. Alors moi je maintiens la distance, toujours, qu'il s'emballe pas trop quand même, puisqu'il y a peu de chance que je monte en puissance. On s'amuse bien et tout mais je suis pas amoureuse. Je vais pas m'excuser non plus !? Et la théorie du Tu te blindes trop, non, pas en l'occurrence, fais-moi confiance.

Forcément quand le charmant charmeur chilien me réveille vers 14h dimance, j'accepte son invitation à déjeuner. Et bien m'en prend car, juste derrière, ex-monamour appelle...Trop tard, je suis déjà prise. C'est mon docteur qui va être content. Le charmant me reproche de pas lui donner de nouvelles. C'est vrai, je prends jamais l'initiative. Ensuite on continue le dialogue à haute teneur symbolique :

Lui : Ah une petite BD sous la couette, le bonheur...

Moi : Je sais pas quoi en penser de cette BD. Le dessin est pas terrible, les dialogues non plus, mais le scénario assure. Ils auraient dû en faire un film...

Plus tard, alors que je finis par me dégager de ses bras (oui parce qu'au bout d'un moment ça file des crampes) (après l'avoir tirée) (t'ai-je dit que l'analyste me trouve si-nique en ce moment ?) il dit :

Bon ok reprends ton indépendance. Mais t'éloigne pas trop quand même.

Tout est là. Trouver la bonne distance.

vendredi 8 décembre 2006

Lost highway in translation...

[L'intégralité du post précédent (titre inclus) est le fruit du travail d'une équipe d'internautes égarés sur ce blog à l'insu de leur plein gré. Seuls l'ordonnancement et la ponctuation sont de moi.]

Après un petit apéro chez le gars à la guitare, je me rends à l'invitation du charmant charmeur chilien (jvais au nouveau bar si tu ve me rejoindre ; ok je passerai plus tard). Il dit que ça fait longtemps (ah ben ça nous rajeunit pas mon bon monsieur), qu'il est content que je sois venue, qu'il pense que c'est bien de se voir, qu'il est surpris de lire dans mes yeux la distance parcourue. Nous mimons, avec nos paquets de clopes respectifs, la danse de la séparation : il avance, je recule et vice-versa (oui bon t'es gentil...si tu pouvais élever le débat de temps en temps, ça nous ferait des vacances). Chez lui on essaye toutes les pièces et toutes les positions avant d'échouer sur le lit. Attention, dialogue à haute tenuer symbolique :

- Tiens, t'avais commencé cette BD...

- Non merci je vais rentrer

- Oh non, tu dors ici d'accord ? pourquoi tu veux pas la BD ?

- Ben écoute, y a des histoires comme ça qui s'arrêtent en cours de route, c'est la vie...

- Ah. Mais là t'as justement l'occasion de la continuer l'histoire...

- Ok je reprends la BD. Mais pas tellement pour la continuer, pour la finir.

Au réveil il me retient,je résiste. Il se lève pour me regarder partir. Sous la pluie je pense à Mister Perché. Ça y ressemble (et ça n'est pas vraiment l'amour).

Le lendemain, debriefing avec mon pote, déjà plus ou moin informé par SMS : ça va camarade ? y a du neuf...tu veux passer à la maison ? ben là je suis justement avec le neuf. Il est nouveau nouveau ? Oui oui, nouveau. Cool ! Enfin 1 truc intelligent (oui ça a beau être mon pote, il en pense pas moins que je suis conne, y a des limites à l'amitié) Bin appelle quand tu peux pour me raconter.

De son côté c'est reparti comme en 40 avec sa belle. Il me délivre une ordonnance : arrêt total d'ex-monamour (si vous voulez pas finir foudroyé), usage facultatif et modéré du charmant charmeur chilien en fonction des besoins et envies (y a pas de mal à se faire du bien), consommation à volonté du gars à la guitare.

Je préfère te prévenir tout de suite, je sais pas si je suivrai la prescription. Si ça se trouve, je vais faire exactement l'inverse, parce que la médecine hein...♫ si c'est ça la médecine, j'préfère la guillotine ♫ Non je déconne. En attente d'un voyage prochain sur la terre de mes ancêtres...j'ai juste envie d'être loin. D'ici là je suis en suspens.

Plus tard je paume ma carte bancaire, histoire de matérialiser la perte.

mercredi 6 décembre 2006

♫ En république l'anarchie ♫

Je sais pas comment tu vois les choses de ton côté, mais je peux te dire que, vu de ma fenêtre, c'est un joyeux merdier (la mère Noël, j'aime pas la soupe, vive le feu, salut à toi) (si tu l'as en vinyl, j'veux bien, j'ai vendu le mien un jour de galère) (et si ça te dit, un jour, je te raconterai ma jeunesse) (bon alors ça te dit ?) (ok. J'vois que t'es vachement impliqué, merci quand même) (tant pis hein, j'disais ça pour toi) (parce que moi, j'la connais ma jeunesse) (tu sais pas ce que tu rates) (faudra pas venir se plaindre) (on prend pas les regrets ici) (eh non) (ah ben tu te démerdes hein).

Et donc, n'est-ce pas, arrive un moment où elle est plus tellement viable l'histoire, ni vivable, ni valable, ni rien - absolutely nothing, nada, queud, nihil (ex nihilo), non nohil (novi sub sole) de nihil, je ne regrette rien, je viens de te le dire...(tu réviseras ton ablatif absolu pour la prochaine fois)

Et donc, n'est-ce pas (bis), toujours et encore, ça se traduit par (rien ne vient de rien) (rien de nouveau sous le soleil) (exactement) (rien de rien) (mais oui je sais que tu parles latin couramment, je sais) :

1) Je ne donne pas signe de vie au charmant charmeur chilien pendant 5 jours (lui non plus tu noteras) jusqu'à ce qu'il envoie : J'espère que tu vas bien. Une pensée pour toi...Là tu comprends tout de suite que lui c'est pas la grande forme, vu les formes qu'il met à son SMS, pas un seul mot en phonétique, on croit rêver. Je réponds (ben oui quand même, j'ai beau être en pleine fuite, je réponds) : Oui ça va. Moi aussi je pense à toi. Hum, bon, c'est pas tout à fait synchro avec moi-même, vu qu'à ce moment précis de SMS, je m'apprête à retrouver le gars à la guitare. Mais en même temps c'est pas faux, des fois j'y pense au charmant. Tu ve passé ? Ça va déjà mieux on dirait. Là je peux pas, je vais au cinéma. Bon cinéma ! Depuis, nihil. Peut-être considère-t-il que c'est à moi de prendre l'initiative...D'une part j'ai pas trop eu le temps. D'autre part j'ai pas trop envie. Disons que dans ma tête et dans mon corps je ne suis plus avec lui. Ne reste plus qu'à le verbaliser. Mais on n'a pas l'air pressé, ni l'un ni l'autre.

2) Je fricote avec ex-monamour. C'est jamais désagréable. On replonge dans une phase de rapprochement. Je vais même jusqu'à lui donner ma télé (pas assez pratique comme porte-manteau). Mais on vit ça au jour le jour, surtout ne nihil projeter puisqu'on n'est plus ensemble, combien de fois faut que je te le répète ?

3) La rencontre du troisième type s'avère fructueuse, on peut pas nier. sauf que je veux pas dormir chez lui. Ni qu'il dorme chez moi. Je ne te cache pas que c'est pas son choix. Mais c'est pas comme s'il l'avait. Non mais faut me comprendre aussi...comment veux-tu que je commence quelque chose dans ces conditons ? comment ? Y a nihil à faire, il me faut un peu de distance.

Alors je m'introspecte et je me dis que c'est pas joli joli. Amusant certes. Pas très sérieux (on n'est pas sérieux quand on a 83 ans). Mais est-ce que je suis là pour donner dans le sérieux, franchement ?

Y en a qui se chargent d'y croire pour moi, tu vas voir cette prose fluide et pas langue de bois pour deux sous, je m'y reconnais tout à fait (mascarade je t'avais dit) :

Excellent agent (euh ouais...d'ambiance peut-être...sinon je vois pas) précis et rigoureux (l'hiver approche, je m'adapte), actuellement en pleine progression (tu confonds pas avec régression ?), Ada est d'ores et déjà une des meilleures spécialistes du XXX (de la loose tu veux dire). Son évolution de carrière (quand nos aînés n'y seront plus ? Avec la réforme des retraites, ils sont pas rendus, je voudrais pas dire) doit être rapidement envisagée, de manière à ce que son statut (de la liberté) corresponde aux dossiers qui lui sont confiés (ouais ben file-moi une augmentation, ça ira bien).

lundi 4 décembre 2006

♫ Oh freedom is mine and I know how I feel ♫

J'ai qu'une parole, c'est pas à toi que je vais l'apprendre hein...alors je la tiens (non. Elle est imberbe. Commence pas, veux-tu) et je contacte qui tu sais.

On se retrouve dans le quartier, au bar-tabac, lieu d'une neutralité toute relative, vu que j'y croise quand même pas moins de trois connaissances, mais sans commune mesure avec la familiarité en l'occurrence un peu gênante du bar en bas et du nouveau bar.

J'arrive d'un apéritif dînatoire avec mes amis, désolés de mon abandon (ouais parce que mes amis, quand je suis pas là, ils s'ennuient profondément, un seul être vous manque et tout est dépeuplé, je suis indispensable et irremplaçable) (mais sinon ça va), ils s'accrochent à ma jambe avec force supplications...j'ai bien du mal à m'en défaire, mais comme ce qu'ils veulent c'est mon bonheur, ils finissent par se sacrifier (en fait ils s'immolent par le feu, tout simplement). Sur la route je me demande si je vais le reconnaître. Je me souviens qu'il est grand et mince.

Ça doit être le gars à la guitare hein ? Ben oui. Là je me rends compte qu'il ressemble à Romain Duris, alors déjà ça commence pas mal. On replonge direct dans l'espèce de connivence un peu distancée du premier soir, séduction légère.

L'ivrogne de permanence (y en a plusieurs, mais disons : celui qui nous est assigné) nous interrompt jusqu'à ce que je lui dise : tu nous excuses mais on est en train de se marier, faut pas nous déranger. Il ouvre des yeux ronds et contrits (pas facile, essaye pour voir) et se replie aussitôt vers le comptoir. Le reste du temps, il m'envoie, à intervalles réguliers, les regards de celui qui a compris qu'il se trame quelque chose de la plus haute importance, hors de portée de ses compétences...

Quand ça ferme on passe chez l'épicier, où je rencontre la belle (ou l'ex-belle, je sais pas trop, c'est à nouveau très nébuleux) de mon pote. Chez le gars à la guitare...

Je savais pas trop comment le nommer. Finalement ça s'impose. Quand je l'interroge sur ce qu'il fait dans la vie, à part porter une guitare sur son dos, il répond : justement, ça, porter une guitare sur mon dos. Il est roadie quoi. Mais plus dans le cinéma. Intermittent du spectacle, voilà...

Chez lui donc on écoute de la musique, chacun son casque pour pas réveiller les voisins, vautrés sur le tapis. Vers 7h du mat, coup de barre, il voudrait que je reste, que je me mette dans son lit, mais je rentre chez moi. Le nouveau bar est en cours d'ouverture, le marché aussi, Paris s'éveille, j'ai sommeil.

Je dors une bonne partie de la journée, réveillée en alternance par l'emménagement des nouveaux voisins et un ou deux SMS du gars à la guitare. Je le retrouve chez lui. Il me fait rire. Par exemple quand j'envoie : tu veux que j'amène un truc spécial pour l'apéro ? et que je reçois : du pain. Et l'apéro, ben moi ça me fait rire. Non mais moi aussi je le fais rire, je suis drôle je te rappelle. Il me montre ses photos de Bornéo, je choisis des bouquins dans sa bibliothèque, on projette d'aller au cinéma.

À un moment il dit : bon écoute, maintenant je vais te violer. Je dis d'accord.

vendredi 1 décembre 2006

♫ Aller au charbon, aller aux ouailles, chercher la houille ♫

Après la séance d'analyse (bien, merci) du jeudi (ouais parce que le jeudi, je dis), je monte dans le métro. Ça te paraît peut-être d'une banalité affligeante (t'as remarqué que la locution banalité affligeante est elle-même d'une banalité affligeante ?), mais c'est pas dans mes habitudes. Enfin si, je prends le métro, évidemment, et quotidiennement qui plus est...

Sauf après une séance d'analyse. Il paraît que la marche à pied est un excellent stimulant de la réflexion...Mais quand j'ai un rencard derrière, je prends le métro. Dans lequel je reçois, oh quelle surprise (au final j'ai pa srépondu au dernier SMS d'invitation, et donc j'étais en droit de penser que la balle était dans mon camp non ? Non) : il me semble découvrir ton prénom avec certitude : Désirée ! (encore ! mais encore raté...) Je t'appelle d'ici dimanche, Sigmund, c'est mon challenge, oublie pas ! (je me fais pas trop de souci, il a pas l'air de vouloir oublier) (et en attendant merci de vaquer à tes occupations, fais-toi discret si possible).

Je rejoins (comment ça où ? Dans un bar. Réfléchis) le mec d'une amie. Il me demande où j'en suis de mes amours. Non mais ça, c'est LA question, je sais pas si tu mesures bien 1m75 ou la portée de mes paroles, c'est la question qui fait marrer dans les chaumières le soir au coin du feu. Déjà le pluriel. Alors tes amours ? C'est une expression mille fois entendue ok. Mais quand elle s'adresse à moi, le pluriel il est pas là pour faire joli (non parce que souvent on se dit, tiens je vais dire ça, ça va faire joli), le pluriel il est à prendre au pied de la lettre. Avec le sourire qui va bien...Donc il me demande hein...Toi je te raconte pas, tu sais déjà.

Quand sa copine arrive (mon amie donc), on s'engouffre dans la Mutualité. Tu sais comment c'est, t'as toujours, histoire de se chauffer, la première partie un peu laborieuse (jeu de mots, normalement tu comprends plus loin), qui transpire le trac, qui regarde trop son texte mais qu'on encourage quand même, on n'est pas des brutes.

Puis arrive la tête d'affiche, sous les applaudissements. Olivier Besancenot, à la tribune, sans filer, à part un petit cahier pour lire les citations qu'il connaît pas par coeur. Tout le monde s'accorde à dire qu'il est excellent orateur. Et là, en plus, étant donné qu'il est face à un public conquis...

À quelques exceptions près en ce qui me concerne...Bon après "quelques", ça dépend du point de vue...Et comme faut bien que je décide pour qui voter, il est jamais trop tôt pour s'intéresser à ce qui se dit ici ou là. Je commence par lui (non parce qu'Arlette, arrête hein, pitié), après je décale vers la droite (pas la droite droite, vers la droite de lui), pas trop loin non plus, déconne pas, la gauche "royaliste" je crois pas que ce soit possible pour moi...enfin bon parlons pas de sujet qui fâche, bon sang de bonsoir je te parle politique là, qu'est-ce qui m'arrive ?...et pour finir je fais mon choix...

Il est donc devant un public conquis, ce qui lui permet de faire de l'humour plutôt drôle. À la fin, tradition oblige, on se lève et le poing (gauche tant qu'à faire, mais y a pas d'obligation) pour entonner la chanson d'Eugène Pottier et Pierre de Geyter. La salle commence à se vider. On s'emmitoufle en prévision du froid, quand le gars à côté appelle (je sais pas si tu vois comment c'est foutu la Mutualité, mais en fait c'est pas grave, juste pour te dire qu'on est balcon) :

Eh Olivier !

L'interpellé lève la tête : Ah t'es venu ? Ça fait longtemps que t'es là ?

Oh une demi-heure...

Ah ok...

Eh Olivier, c'était bien. Franchement t'as assuré !

Ouais ? t'as trouvé ?

Ouais t'as bien assuré. Bon, Olivier, j'y vais là. À demain, au taff !

Ouais, à demain au taff !

♫ Et pour finir, recommencer, se lever tôt ♫

jeudi 30 novembre 2006

Rencontre du troisième type ?

À un moment un gars avec une guitare sur le dos entre dans le nouveau bar. Direct il sa fait brancher par le Relou de service :

Ah t'es musicien ? tu joues de quoi ?

Ben, du piano...

Ah bon ? tu joues du piano ? (Relou j'te dis)

Ben non, regarde

Ah...et tu joues quoi comme musique ?

Ben du Mozart...

Du Mozart ?

Ben non, pas du Mozart

Non mais tu te fous de ma gueule là

Mais non pas du tout

Ben si, tu me prends pour un con, j'te d'mande de quoi tu joues, tu m'dis du piano...

Non mais c'était de l'humour, j'essayais de te faire RIRE

J'envoie un sourire compatissant au nouvel arrivant tandis que le charmant trinque avec lui, histoire de dire t'inquiète il est Relou, fais pas gaffe. Relou s'éloigne et raconte à son pote : "J'ui dis tu joues quoi, i'm dit du Mozart, faut pas m'prend pour un con quand même" (ad libitum). Ah les ivrognes, tout un poème...

Le guitariste va acheter des clopes, la moitié du bar prend commande, dont moi. Quand il me les ramène, et tandis que le charmant est consacré sur un échiquier, on fait connaissance, jusqu'à la fermeture, à base de jeu sur les prénoms (je ne lui ai pas dit le mien), d'écologie, de pays asiatique, de relatif dans l'absolu, le tout parsemé de discussions téléphoniques, lui en terrasse, moi au comptoir, histoire d'éclater son forfait...ainsi que de fausses entrées et sorties, avec ma copine la serveuse qui fait le clap. On s'amuse comme des petits fous.

1h57 (je prends une douche), message vocal : j'espère que tu es bien rentrée (ben franchement la route était pas longue, mais c'est gentil de s'en préoccuper). SMS : bien rentrée, bonne nuit !

2h. SMS : nous ne sommes pas très loin l'un de l'autre...(ai-je précisé qu'il habite dans le quartier ?).

2h20 : ??? (bon nous avons trop bu, c'est sûr).

2h30 : bon, alé, répon mwa (DJEUN'S)...(mais pour te dire quoi exactement ? Je confirme, nous sommes voisins ?) Réponse : JE DORS, bonne nuit Wilfried !

Le lendemain. 17h53, SMS : comment vas-tu ? (ah je m'attendais pas à avoir des nouvelles si tôt). 18h37 : fatiguée comme une mouette mazoutée (ça, avec le décodeur, ça signifie : faut pas trop me déranger, je suis pas en état) Et toi Aristide ? (mais courtoise néanmoins).

18h40 : moi ? super-méga-top forme ! (et ça, toujours avec le décodeur, ça signifie : je suis tout à fait dispo) j'ai envie d'un ciné (la preuve) kess t'en dis Noémie ? (ça rime). 19h15 : ben écoute Eugène, je suis pas contre l'idée mais je peux pas ce soir (eh non, c'est comme ça).

19h31 : bon (id est : j'en prends note, pas de problème) dis moi quand même si t'as envie de me revoir...(besoin d'être rassuré) (mais rassuré sur quoi ? je me suis engagée à rien que je sache) (et pas que pour aller au cinoche) (nous y voilà...).

19h50 : ben oui, mis à part le fait que ma vie est assez agitée côté cour et côté jardin, non pardon, côté coeur et côté cul (je suis pas célibataire, enfin pas vraiment, et en plus j'ai du mal à savoir qui est mon mec et qui est mon amant) je te reverrai avec plaisir (sans précision sur le type d'activité, parce que bon, j'en sais rien moi) Mais tu fais pas forcément une affaire, te voilà prévenu ! (moi si j'étais toi, je partirais en courant).

19h53 : ouais...(air dubitatif à double sens) mais tout ça me dit pas quand je dois changer les draps (l'objectif n'est pas perdu de vue malgré tout) (un minimum d'effort d'hostellerie quoi) (humour, histoire de désamorcer et d'affecter un "minimum", justement, de détachement).

22h43 : tu dors ? (répondre : oui ?). 23h30 : je dînais mais maintenant oui je vais dormir !

23h31 : à demain ? (bon, je crois qu'il insiste là). 23h33 : demain a priori je peux pas non plus (moi aussi je peux être têtue quand je veux). 23h36 : bon ben flûte (je dirais même plus : flûte brute) bonne nuit, fais de jolis songes

Le lendemain. 17h56 : halut ! koi de 9, Bérengère ? 18h49 : ça suit son cours, Vladimir (on calme l'affaire, ok ?).

19h21 : impatience décourageante, désagrègement d'espoir ? (pas très patient le gars hein, 48 heures c'est pourtant pas si long) naaannnn (ne peut pas, ne veut pas y croire), allez, aide moi, Natacha ? (ça rime encore).

19h35 : disons que je me lance un défi : boire un verre avec toi d'ici la fin de la semaine (là je fais un grand pas tu noteras) Quand exactement, c'est plus difficile à dire (arrête de me dire à demain tous les jours, JE te contacterai quand je pourrai) À bientôt ! (oui parce que la fin de semaine c'est tout proche, quel que soit le jour d'où tu parles).

19h40, message vocal : bon ben les textos...les textos c'est bien...mais la vive voix c'est bien aussi des fois...(tout à fait juste, mais que veux-tu que je te dise moi ? tout est dans les textos).

20h43, SMS : puis-je me permettre de te convier au restaurant demain (arrête avec demain maintenant, par pitié) Désirée ? (mon dieu, le choix du prénom...)

J'ai pas (encore) (?) répondu au dernier, parce que moi au départ, je me disais bon, voilà un gars bien cool qui me fait rire et que je fais rire, un voisin que je vais recroiser dans les parages, au hasard des déplacements et on verra bien. C'est vrai que le courant est bien passé, ça pourrait même être une sorte de troisième voie très convenable pour sortir du marasme actuel.

Mais lui - après cette soirée si agréablement légère et dont je garde un excellent souvenir - je trouve qu'il a tendance à s'alourdir, dans son insistance à décrocher absolument vite fait à tout prix un rencard...je me sens limite harcelée là...Non mais c'est vrai, une telle urgence, qu'est-ce qui va pas chez lui ? quelle sorte de misère - sexuelle, affective, sociale...- suis-je priée de combler ? Alors que je suis pas en phase là. Un peu de temps, c'est pas trop demander quand même ? Et franchement ça me donne plus envie d'éteindre la flamme que d'attiser un quelconque départ de feu.